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mercredi 12 octobre 2011

Le mouvement « Occupons Wall Street » a raison

Les « indignés » de Wall Street, dont le mouvement s’étend maintenant à d’autres villes et d’autres continents, ont raison sur le fond; depuis plusieurs années, des pratiques irresponsables sont monnaie courante dans le secteur financier. Je pense tout particulièrement à la spéculation éhontée touchant des denrées essentielles, le pétrole, l’immobilier, le secteur des technologies, celui des banques… et j’en passe; ces pratiques spéculatives sont en voie de détruire, et je pèse mes mots, les fondements économiques de nos sociétés, au profit d’une poignée d’individus.

Je vois dans le ras-le-bol populaire que révèle le mouvement « Occupons Wall Street » un catalyseur qui pourrait forcer les gouvernements mondiaux à prendre des mesures concrètes pour ramener à un niveau tolérable les pratiques spéculatives.

Cela dit, je n’ai pas attendu les manifestations contre Wall Street et d’autres places boursières mondiales pour dénoncer les pratiques spéculatives irresponsables; ma position est claire et connue depuis longtemps. Les quelques exemples qui suivent illustrent bien mon opinion sur la question.

« C’est la spéculation qui, directement ou indirectement, est responsable de certaines, je n’ose pas dire toutes, des grandes crises qu’a connues l’humanité et de la mauvaise réputation qu’on a faite au capitalisme » (Consommation et luxe, 2007, p.51).

« La spéculation et la manipulation des marchés, qui ont repris de plus belle après la crise boursière de l’automne 2008, mèneront inévitablement à une autre crise encore plus grave, dont les économies occidentales ne se remettront peut-être pas, si les États n’encadrent pas plus étroitement ces pratiques » (Consommation et nouvelles technologies, 2009, p. 172).

« Ces pratiques ne créent aucune valeur tangible, seulement une valeur hypothétique fondée sur un futur imaginaire, d’où la création de bulles spéculatives, technologiques, immobilières ou autres; celles-ci éclatent inévitablement tôt ou tard, entraînant le cortège habituel de problèmes économiques et sociaux. Elles finiront par détruire nos économies et nos sociétés si on n’y met pas fin » (Les ravages du capitalisme financier, 30 janvier 2010).

« Cette crise est alimentée en tout premier lieu par les spéculateurs qui jouent les marchés à la baisse […] La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein » (La panique boursière : une crise fabriquée,9 août 2011).

vendredi 12 août 2011

Des mesures pour contrer la spéculation

Ceux qui me connaissent savent à quel point je honnis la spéculation; cette pratique est déstabilisante, voire destructrice, pour les marchés financiers et donc nuisible à l’économie de tous les pays.

C’est d’ailleurs pourquoi j’écrivais mardi : « La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein. »

Ce matin, je me réjouis de voir que les dirigeants de plusieurs pays européens ont enfin compris les dangers que font courir les pratiques spéculatives à leurs économies :

« Les autorités de régulation des marchés de la France, de l'Italie, de l'Espagne et de la Belgique ont décidé de manière concertée de lutter contre les “fausses rumeurs” qui déstabilisent les marchés. Dans un communiqué publié jeudi soir, l'ESMA, l'Autorité de régulation financière européenne, annonce jeudi que les ventes à découvert seront restreintes à partir de vendredi 12 août.

Les ventes à découvert sont un mécanisme spéculatif qui consiste à emprunter un actif dont on pense que le prix va baisser et à le vendre, avec l'espoir d'empocher une forte différence au moment où il faudra le racheter pour le rendre au prêteur. Cette pratique est accusée de précipiter la chute des actions les plus fragiles et d'aggraver l'instabilité sur les marchés financiers.
»

Il n’en a pas fallu davantage pour voir les bourses européennes repartir à la hausse en matinée aujourd’hui (vendredi), après avoir ouvert en baisse.

Qu'est-ce que les autorités financières du Canada, des États-Unis, de tous les autres pays en fait attendent pour faire de même? Une action mondiale concertée est absolument essentielle si on veut un jour éradiquer la spéculation. De simplement la limiter comme l’a fait l’ESMA est un pas dans la bonne direction, mais il faut aller plus loin pour mettre un terme aux actions des prédateurs financiers, des requins de la finance, que sont les spéculateurs.

Qu’en pensez-vous?

jeudi 11 août 2011

Des pyramides de dettes, entre autres au Québec

Les événements de mercredi démontrent la justesse des commentaires que j’ai formulés dans mon billet de mardi, « La panique boursière : une crise fabriquée ».

Alors que lundi les marchés boursiers mondiaux s’étaient écroulés, mardi, il a suffi que la réserve fédérale américaine annonce un gel des taux d’intérêt dans une fourchette variant de 0 à 0,25 %, pour que les bourses nord-américaines explosent; cette réaction euphorique des investisseurs est tout aussi émotive que celle des jours qui ont précédé… mais en sens inverse.

Mercredi, la bourse de Toronto affichait une perte à l’ouverture pour clôturer avec un gain modeste, alors qu’à New York (Dow Jones) on a plutôt vu se répéter la débâcle de lundi sous prétexte d’inquiétudes au sujet des banques françaises vulnérables à la crise de la dette en Europe. Le même jour, les marchés européens ouvraient à la hausse, entraînés par l’euphorie de mardi à New York… pour terminer en nette baisse.

Ce matin (jeudi), les bourses européennes ont ouvert à la hausse sans que les inquiétudes de la veille aient disparu; ce que feront les bourses canadiennes et américaines aujourd’hui relève de l’art divinatoire.

Ces réactions émotives disproportionnées, amplifiées par des transactions spéculatives, nous font oublier la cause principale de la crise actuelle, la dette des États; ce jeu de yo-yo continuera tant et aussi longtemps que les états concernés n’auront pas assaini les dépenses publiques.

C’est également l’avis de l'économiste et essayiste Jacques Attali : « Les dettes ne sont pas mauvaises en soi, surtout quand elles servent à investir. Mais lorsque la dette publique dépasse 50% à 60% du produit intérieur brut [PIB] et n'est pas génératrice de croissance, elle devient un cercle vicieux. Or, depuis 2008, la seule réaction de l'Occident face à la crise n'a pas été d'apporter des réponses structurelles, mais d'augmenter les dettes publiques de 30 % du PIB. »

Si le Canada, je l’ai écrit lundi, fait figure de citoyen modèle à ce chapitre, il en va tout autrement du Québec et de certains pays européens. La dette des États-Unis m’inquiète beaucoup moins, car, comme je l’ai également écrit lundi, vu leur immense pouvoir d’achat et leur niveau de taxation, il suffirait d’imposer une taxe à valeur ajoutée de seulement 2 ou 3 % pour voir se résorber la dette.

Par contre, au sein du Canada, le Québec est la province la plus endettée : « En 2011, la dette brute devrait continuer de croître et atteindre 173,4 milliards $, ce qui équivaut à 54,7 % du PIB. À ce niveau, le Québec sera de loin la province la plus endettée au Canada, suivie de Terre-Neuve et Labrador. »

Vous rendez-vous compte? 54,7 % du PIB, et nos gouvernements successifs de toutes allégeances politiques ont maintenu, voire multiplié, des programmes sociaux universels, c'est-à-dire s’appliquant à tous les citoyens sans égard à leur revenu ou à leur situation personnelle particulière.

Comprenez-moi bien, je suis un fervent défenseur des mesures sociales permettant d’assurer un minimum de confort aux personnes démunies; dans un pays riche comme le nôtre, il serait scandaleux de laisser des personnes vivre dans la misère.

Par contre, je m’opposerai toujours avec la dernière énergie au caractère universel de certains programmes sociaux et à la création anarchique de nouveaux programmes dont la nécessité reste à démontrer, sans égard à au niveau d’endettement de l’État.

Au Québec par exemple, trouvez-vous normal le fait qu’une mère célibataire gagnant 20 000 $ par année et un couple dont le revenu annuel dépasse 150 000 $ paient le même montant, soit 7 $ par jour, pour placer un enfant dans un centre de la petite enfance (CPE)?

Êtes-vous d’accord avec la mise en place d’un programme de financement public de procréation assistée dont les coûts ont été sous-estimés, et qui en 2014-15 coûtera à l’État 63 millions par année? Dans l’état actuel de la dette publique du Québec, c’est une aberration.

Et ceci sans compter le fait, votre argent et le mien est utilisé pour « financer les cliniques privées plutôt que de créer une expertise » publique selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Pour l'exercice financier 2010-11, il en a coûté 27,1 millions pour 3 500 cycles de procréation, ce qui nous fait plus de 7 700 $ par bébé, à la condition que chaque cycle ait abouti en une naissance. Ce n’est vraiment pas la façon la plus efficace de faire augmenter le poids démographique du Québec au sein du Canada!

En fait, plusieurs pays européens et le Québec sont en faillite technique; les gouvernements de ces États ne peuvent plus utiliser l’argent de leurs commettants, notre argent, pour toutes sortes de folles dépenses qui ne profitent pas à la population dans son ensemble, sans égard à l’état de la dette publique de surcroît.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus.

mardi 9 août 2011

La panique boursière : une crise fabriquée

Depuis leur sommet atteint au printemps 2011, toutes les bourses mondiales sont en déclin, une baisse qui s’est brusquement accélérée hier après la décote de la note de la dette américaine par l’agence de notation Moody’s.

Cette décote, que j’ai peine à m’expliquer d’ailleurs, n’est qu’un prétexte; à elle seule, elle ne justifie d’aucune façon la débâcle des marchés financiers. Cette débandade est artificielle, car rien de fondamental n’a changé dans les économies mondiales depuis le printemps 2011.

L’Europe est bien équipée pour faire face à la crise de la dette que vivent certains pays; à preuve, l’euro continue d’être une monnaie forte. Les États-Unis, commencent à créer des emplois, comme le démontrent les récentes statistiques, ce qui ne manquera pas de relancer la consommation en définitive, ne serait-ce qu’en recréant un climat de confiance. Quant à la dette américaine, elle pourrait très facilement être éliminée par l’imposition d’une simple taxe à valeur ajoutée de 2 ou 3 %, telle la TPS au Canada. Le Canada, quant à lui, est en excellente position, ayant assaini ses finances publiques depuis un bon moment déjà et le gouvernement Harper s’appliquant à réduire encore davantage les dépenses publiques..

Quant aux places boursières elles-mêmes, un grand nombre d’entreprises, technologiques entre autres, présentent des résultats financiers qui dépassent les attentes des marchés.

La crise actuelle est donc artificielle.

Cette crise est alimentée en tout premier lieu par les spéculateurs qui jouent les marchés à la baisse. Je ne suis pas seul à le dire. Michel Girard, un excellent chroniqueur financier au quotidien La Presse a écrit ce matin : « Par ailleurs, j'aimerais vous signaler que des spéculateurs font présentement fortune en misant carrément sur la chute des Bourses, soit en détenant des parts des hedge funds spécialisés en baisse de marché, soit en vendant à découvert des blocs d'actions, soit en achetant tout simplement des options de vente sur des actions ou sur des indices boursiers. » Les réactions émotives des investisseurs font le reste.

La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein.

Mon conseil aujourd’hui à touts les petits investisseurs inquiets : ne cédez pas à la panique, car il n’y a pas de raison de paniquer. La panique ne fera qu’alimenter la crise et profiter encore plus aux spéculateurs. Les rendements historiques de la bourse démontrent que les investisseurs qui gardent leur calme dans de telles situations en sortent gagnants. Si vos placements sont faits dans une perspective à long terme, par exemple un REER que vous ne prévoyez pas utiliser avant une dizaine d’années, faites comme moi et ne regardez même pas les fluctuations quotidiennes actuelles.

Si par contre vous avez des placements dont vous prévoyez avoir besoin dans un horizon d’un à trois ans, je vous conseille de les retirer des marchés boursiers, car votre perte en capital ne devrait en principe pas être trop élevée jusqu’à présent; vous pourrez ensuite les placer dans des véhicules financiers plus sécuritaires, en consultation avec votre conseiller financier.

Merci de commenter.

lundi 15 mars 2010

Vers un capitalisme responsable

Devant la spéculation que nous observons sur les marchés financiers, j’ai entrepris une série de chroniques présentant les ravages du capitalisme financier. Dans la première, j’ai démontré les méfaits de la spéculation, en particulier le lien entre celle-ci et la crise économique et financière qui sévit sur la planète depuis l’été 2007. Dans la seconde, j’ai parlé de la naissance et de l’évolution du capitalisme et de la bourse, et comparé deux formes d’investissements dans une entreprise de haute technologie. Dans la troisième chronique, j’ai présenté les besoins en financement des entreprises technologiques. Dans cette quatrième et dernière chronique, j’introduirai un nouveau mode d’organisation économique à privilégier, le capitalisme responsable.

Pour être bénéfique à l’ensemble de l’humanité, le développement, technologique ou autre, doit reposer sur un nouveau paradigme dit de capitalisme responsable, un concept que nous avons déjà abordé en 2007 dans l’ouvrage Consommation et luxe. Nous définissons le capitalisme responsable comme un système socio-économique fondé sur la libre pratique du commerce, des affaires, de l’industrie et de la finance, dans une perspective de respect des intérêts de tous les acteurs en présence, entre autres le simple citoyen, l’État, les entreprises et les organismes financiers; on retrouve dans cette notion d’acteur le sens que les Anglo-Saxons donnent au concept de stakeholders, soit toutes les parties prenantes d’une entreprise, aussi bien ses clients, que ses employés, ses fournisseurs ou ses investisseurs. Issu du monde même qui l’a fait naître, celui des affaires, le capitalisme responsable s’inscrit dans une évolution du capitalisme, du capitalisme marchand de Venise au capitalisme industriel de la Révolution industrielle du XIXe siècle puis au capitalisme financier de l’ère moderne (Pour ces trois formes de capitalisme, voir K. Galbraith, The Economics of Innocent Fraud, Boston, Houghton Mifflin Company, 2004, p. 8.).

Conscients de leurs responsabilités dans la société, de plus en plus d’hommes et de femmes d’affaires ne peuvent que souscrire à une vision plus humaine des pratiques commerciales, industrielles et financières. À ceux qui pourraient me croire bien naïf, je souligne le fait d’avoir œuvré dans ce monde pendant plus de 25 ans et le côtoyer encore fréquemment; je peux vous assurer qu’il n’est pas peuplé que bandits, d’escrocs, de tyrans et de spéculateurs. J’en prends pour preuve des organisations telle BSR (Business for Social Responsibility), un « leader mondial de la responsabilité sociale, sociétale et environnementale des entreprises (RSE) depuis 1992 », dont la mission est d’« aider les entreprises à contribuer à créer un monde plus juste et plus durable. »

Parmi les plus fervents défenseurs du capitalisme responsable, on compte également des hommes politiques influents tels Nicolas Sarkozy et Barack Obama. Ainsi, pendant la campagne qui l’a mené à la présidence de la France en 2007, Nicolas Sarkozy proposait un capitalisme « familial », fondé sur des valeurs plus humaines, qui s’inscrit dans la perspective de responsabilité sociale que nous venons de décrire : « Je crois dans la force créatrice du capitalisme, mais je suis convaincu que le capitalisme ne peut pas survivre sans une éthique, sans le respect d’un certain nombre de valeurs spirituelles, de valeurs morales, sans l’humanisme, sans la culture. […] Il faut remettre le capitalisme au service d’une certaine idée de l’homme. Je crois dans l’éthique du capitalisme. Je n’accepte pas, et des milliers d’entrepreneurs avec moi, que le travail salarié et l’esprit d’entreprise soient bafoués par les rémunérations et les privilèges excessifs que s’octroie une toute petite minorité de patrons. Je n’accepte pas qu’au niveau mondial, pour des raisons de pur profit, on joue avec les salariés et avec les usines comme on déplace des pions sur un jeu de société. […] Je renforcerai le capitalisme familial. »

Il faut bien l’avouer, même sans les pratiques outrageusement spéculatives, la nature même de la bourse force les entreprises à s’engager dans une course à la rentabilité qui leur fait souvent prendre des décisions contraires à un développement harmonieux à long terme et certaines contraires à l’intérêt de leurs employés et clients. Dès sa première offre publique d’actions (OPA), une entreprise perd une partie de sa liberté d’action; elle est dès lors soumise aux exigences de profit des gestionnaires de fonds communs de placement, des grands investisseurs et des spéculateurs, ce qui la dénature. C’est ce qui explique que Guy Laliberté a toujours refusé d’inscrire son entreprise en bourse; le Cirque du Soleil ne serait sans doute pas ce qu’il est aujourd’hui, si l’entreprise s’était inscrite à la bourse, car Monsieur Laliberté n’aurait pas eu toute la latitude voulue pour choisir ses partenaires, ses artistes, ses spectacles, et j’en passe. Je crois d’ailleurs qu’il faut voir dans les récents déboires de Toyota l’effet d’une course à la rentabilité qui a eu un impact néfaste sur la qualité de ses produits.

Des patrons de grandes sociétés refusent d’être à la remorque des investisseurs. Ainsi, voici ce que déclarait Nick Hayek, le PDG de l’horloger Swatch, le 21 mars 2009 à la suite d’une baisse du bénéfice de l’entreprise qu’il dirige : « Pour une entreprise cotée en Bourse, qui annonce une chute de bénéfice, réduire de 10 % l'effectif permet de faire remonter le titre. Cela ne marche pas comme cela chez nous. Il n'y aura ni licenciement ni recul des investissements chez Swatch. Nous acceptons d'avoir un rendement amoindri et de ne pas être les chouchous de la Bourse. » Ce refus de jouer le jeu boursier pour plaire aux investisseurs s’inscrit dans une perspective de capitalisme responsable.

Le 3 décembre 2008, aux États-Unis, le chroniqueur Ray Williams publiait un article dans lequel il affirmait que le paradigme actuel des affaires n’est plus viable, incitant les chefs d’entreprise à adopter un capitalisme responsable : « Les sociétés capitalistes ont entamé une transformation évolutive de qui nous sommes, ce que nous valorisons et comment nous nous comportons; celle-ci exige une responsabilité sociale et environnementale, à laquelle les chefs d'entreprise doivent participer activement. La transformation requiert un modèle qui se concentre sur plus que le seul objectif de profitabilité (bottom line); elle envisage une création de richesses qui ajoute des gains personnels, sociaux et écologiques aux résultats financiers. » (R. Williams, «CEOs need to adopt responsible capitalism», Financial Post, 3 décembre 2008) La position du Président américain Barack Obama s’inscrit dans cette perspective. Entre autres dans un discours prononcé le 24 février 2009, on constate qu’il défend une vision du capitalisme dans laquelle la prospérité profite à tous. Même s’il n’a pas lui-même nommé ce nouveau capitalisme, d’autres l’ont fait pour lui, capitalisme responsable (Responsible Capitalism) : « Mardi soir, le discours du président Barack Obama était parsemé de phrases et d’idées soulignant sa vision de la responsabilité de son gouvernement à l’effet non seulement de favoriser une économie vigoureuse, mais aussi de s'assurer que les gens ordinaires tiraient profit de cette économie. Il n'a pas encore pleinement articulé sa philosophie économique, et ne lui a pas non plus donné un nom. Mais nous pouvons voir dans ce discours les contours d'une nouvelle approche que l'on pourrait appeler “capitalisme responsable” en contraste avec le “capitalisme de copinage” de l'ère Bush […] Plus précisément, il redéfinit ce que signifie un “climat d'affaires sain” — une prospérité largement partagée par les travailleurs, une économie qui crée de bons emplois, permet l’ascension des travailleurs pauvres à la classe moyenne, fournit des écoles de tout premier ordre, des soins de santé décents, et un logement que les familles peuvent se permettre, tout en protégeant l'environnement. » Le président Obama critique également les abus, entre autres ceux de l’industrie et du monde de la finance; à son avis, le gouvernement doit exercer un contrôle plus étroit dans ces secteurs.

Bref, l’impératif d’une réforme du capitalisme n’est plus à démontrer; quantité d’acteurs de premier plan s’entendent sur la nécessité d’une collaboration à l’échelle internationale pour définir les actions à prendre, car les économies mondiales sont tellement interreliées que l’action unilatérale d’un seul pays n’aurait aucun effet; de mettre en place des mesures pour freiner la spéculation sur les matières premières par exemple doit nécessairement faire intervenir tous les grands États.

lundi 15 février 2010

Lien entre spéculation boursière et faillites d’entreprises

Devant la spéculation que nous observons sur les marchés financiers, j’ai entrepris une série de chroniques présentant les ravages du capitalisme financier. Dans la première, j’ai démontré les méfaits de la spéculation, en particulier le lien entre celle-ci et la crise économique et financière qui sévit sur la planète depuis l’été 2007. Dans la seconde, j’ai parlé de la naissance et de l’évolution du capitalisme et de la bourse, et comparé deux formes d’investissements dans une entreprise de haute technologie. Dans cette troisième chronique, je présenterai les besoins en financement des entreprises technologiques. Bien entendu, ces constats s’avèrent également exacts dans d’autres secteurs d’activité économique.

Le développement technologique, je l’ai souligné, nécessite aujourd’hui des injections massives de capitaux dont disposent seulement les États, les grandes puissances financières, tels les banques, les sociétés de fonds communs de placement et quelques richissimes investisseurs parmi lesquels on retrouve à la fois des créateurs d’entreprises et des spéculateurs. Les petites entreprises technologiques ont beaucoup de mal à trouver le capital nécessaire à leur développement; elles font appel à des subventions de l’État, à des emprunts bancaires, à des sociétés de capital de risque et à quelques rares investisseurs privés. Lorsqu’elles atteignent une certaine taille, elles s’inscrivent à la bourse et font une première émission d’actions; elles sont dès lors soumises aux diktats des investisseurs boursiers qui exigeront d’elles une profitabilité accrue, année après année, faute de quoi leurs actions seront délaissées, leur capitalisation réduite et leur développement compromis.

Plusieurs entreprises florissantes sont ainsi disparues au fil des années. Même les grandes entreprises, parfois inscrites à la bourse depuis des décennies, sont vulnérables; on a vu certaines s’écrouler, leurs actions passant parfois de centaines de dollars à quelques cents. Pensez au fleuron qu’était Norton Telecom (Nortel) au Canada. La spéculation boursière n’est peut-être pas le seul coupable dans la faillite de Nortel, mais c’est un facteur prépondérant; sans les exigences excessives de quelques grands investisseurs visant une trop forte rentabilité, à court terme de surcroît, les décisions d’affaires des dirigeants auraient vraisemblablement été différentes, plus conformes à un développement plus harmonieux de l’entreprise dans une perspective à long terme. Les entreprises, technologiques ou autres, ne devraient pas devoir se financer par le biais des marchés boursiers et voir leurs décisions d’affaires dictées par une poignée de spéculateurs qui ne songent qu’à leur profit personnel à court terme, bien souvent au détriment de l’entreprise elle-même.

Quelles autres avenues pourrait-il exister? Je l'ai dit, le développement technologique peut se poursuivre au sein d’une organisation économique de type capitaliste, tout en étant profitable à l’ensemble de la société. Cependant, pour demeurer le mode d’organisation économique à privilégier, le capitalisme doit se transformer, être associé à des mesures socialistes imposées par l’État et surtout éliminer, ou à tout le moins restreindre, la spéculation. Ce nouveau paradigme, on le voit déjà poindre sous la forme d’un capitalisme responsable et de nouvelles valeurs; j’en présenterai les grandes lignes dans ma prochaine chronique.

dimanche 7 février 2010

Spéculation : Les origines du capitalisme et de la bourse

Devant les dérives dont je suis témoin quotidiennement dans le monde de la haute finance, j’ai entrepris la semaine dernière une série de chroniques portant sur les ravages du capitalisme financier. Dans la première, j’ai démontré les méfaits de la spéculation, en particulier le lien entre celle-ci et la crise économique et financière qui sévit sur la planète depuis l’été 2007. Dans cette seconde chronique, je parlerai de la naissance et de l’évolution du capitalisme et de la bourse, et comparerai deux formes d’investissements dans une entreprise de haute technologie.

Mumford situe au XIVe siècle, en Italie du Nord, « la naissance du capitalisme et le passage d’une économie de troc – facilitée par une monnaie locale et variable – à une économie d’argent, avec une structure de crédit international (Mumford, 1950). » Quant à la bourse, il nous apprend que « deux siècles plus tard, il existait à Anvers une bourse internationale destinée à la spéculation sur l’armement des vaisseaux dans les ports étrangers et sur la monnaie. » D’autres font remonter la naissance de cette institution financière à une époque encore plus ancienne. Certains par exemple font état de l’existence de « courratiers » (forme ancienne du mot courtier) de change à Paris au XIIe siècle, « chargés en France de contrôler et réguler les dettes des communautés agricoles pour le compte des banques », puis des échanges de créances d’État par les banquiers Lombards au XIIIe siècle. Un premier parquet boursier aurait existé à Bruges au XIVe siècle. Selon plusieurs, l’appellation « bourse » tirerait son origine du nom de celui de la famille Van Der Beurze (De La Bourse en wallon), dans la maison de laquelle se réunissaient les négociants brugeois. Bien qu’intéressants, tous ces repères sociohistoriques sont cependant de peu d’importance face à la spéculation, inhérente à la bourse.

Sur ce sujet, Mumford a écrit « bourse internationale destinée à la spéculation »; l’utilisation qu’il fait des termes « bourse » et « spéculation » au sein d’une courte phrase et celle de l’adverbe « destinée » pour lier ces deux termes et désigner l’objectif de cette institution financière, démontre l’indissolubilité qu’il perçoit entre « bourse » et « spéculation ». Mumford poursuit en affirmant qu’avec l’avènement du capitalisme boursier, « toutes les affaires prirent une forme abstraite. Elles ne traitaient pas de marchandises, mais de futurs imaginaires et de gains hypothétiques (Mumford, 1950). » Il poursuit avec l’industrie des mines, soulignant que l’extension des opérations et l’utilisation d’une machinerie faisant appel aux plus récentes technologies de l’époque, nécessitaient un apport de capital que les ouvriers ne pouvaient fournir : « Cela conduisit à l’admission d’associés qui apportèrent des capitaux au lieu du travail : c’étaient des propriétaires absents […] Ce développement capitaliste fut encore stimulé dès le XVe siècle par la spéculation effrénée sur les actions. Les propriétaires fonciers et les commerçants pratiquèrent ce nouveau jeu (Mumford, 1950). »

Cela dit, de faire reposer le développement humain et technologique sur une organisation économique de type capitaliste n’implique pas fatalement la spéculation. Cette pratique n’est pas inhérente au capitalisme, mais à la cupidité humaine; elle est et a été de tous les âges le fait d’un petit nombre. Elle atteint aujourd’hui des sommets vertigineux; ne créant aucune richesse véritable, elle permet seulement à une poignée d’individus de s’enrichir de façon éhontée jusqu’à détruire le système qui leur a permis d’accumuler leur richesse. Il pourrait en être autrement.

Considérons deux placements de 100 000 $ effectués dans des investissements liés à la haute technologie, le premier dans une petite entreprise en démarrage oeuvrant dans le développement de logiciels de sécurité des données, et le second dans un fonds commun de placement spéculatif sur le prix des métaux, une ressource cruciale dans le secteur de la fabrication d’ordinateurs. Pour les besoins de cette comparaison, supposons que les deux placements ont une valeur de 500 000 $ après 5 ans et que les deux investisseurs liquident alors leurs placements respectifs, réalisant un profit de 400 000 $. Ces deux placements ont été également profitables et recevront le même traitement fiscal, soit une imposition sur seulement 50 % du gain en capital. Toutefois, lequel de ces deux placements a été le plus profitable à la société? Lequel a créé une véritable valeur?

Dans le premier cas, des programmeurs, des vendeurs et d’autres employés ont été embauchés, créant ainsi de la richesse collective; ces personnes ont payé des impôts sur leurs revenus aux différents paliers de gouvernement et leur consommation a alimenté d’autres secteurs économiques. La valeur de la petite entreprise en question est passée de 100 000 $ à 500 000 $; cette valeur repose sur des actifs tangibles, bien qu’une certaine proportion puisse être incorporelle. Quant aux logiciels développés, ils ont permis à d’autres sociétés de protéger leurs données et donc de fonctionner de façon plus efficace et plus sécuritaire. N’oublions pas non plus le fait que l’investisseur ne liquidera sans doute pas son investissement après 5 ans, surtout s’il est propriétaire de l’entreprise. Même advenant le fait qu’il le fasse la société ne liquiderait pas ses actifs pour autant; sous la direction d’un autre propriétaire, elle continuerait de prospérer, d’engager du personnel et de créer de la richesse collective.

Dans le second cas, une faible retombée positive pour la société; comme dans le premier cas, seulement l’imposition d’un impôt sur 50 % du gain en capital de 400 000 $. Bien au contraire, les impacts sur la société sont plutôt négatifs. Par exemple, l’augmentation du prix des métaux nuit au développement de plusieurs entreprises, faisant monter le prix de plusieurs produits dont elles ont besoin. Si la valeur du placement est passée de 100 000 $ à 500 000 $, ce gain ne représente aucune augmentation réelle de valeur, seulement une augmentation dans la perception de la valeur des métaux, résultat de la spéculation sur le prix de ceux-ci. D’imposer un même traitement fiscal à ces deux investissements est-il équitable si on considère les retombées pour la société? Gardons cette question en suspens pour l’instant… mais nous y reviendrons.

Dans ma prochaine chronique, je parlerai des besoins en financement des entreprises technologiques.

samedi 30 janvier 2010

Les ravages du capitalisme financier

La consommation, la technologie et la finance sont intimement liées; excédé par les dérives dont je suis témoin quotidiennement dans le monde de la finance, j’entreprends aujourd’hui une série de chroniques portant sur les ravages du capitalisme financier.

Le développement technologique, moteur de la consommation, est lié au financement disponible, en particulier depuis la révolution industrielle du 19e siècle; cependant, ceci n’a pas toujours été. Dans le livre « Consommation et nouvelles technologies — Au monde de l’hyper », publié en novembre 2009, j’écris : « Le capitalisme et le développement technologique peuvent exister l’un sans l’autre : “Le capitalisme a existé dans d’autres civilisations dont le développement technique était relativement faible. La technique fit des progrès réguliers du Xe au XVe siècle sans avoir besoin de l’aiguillon particulier du capitalisme (Mumford, 1950).” Mais la nature du développement technologique actuel et la rapidité avec laquelle il se fait nécessitent une concentration de capitaux dont disposent seulement les États et les grands investisseurs (Ellul, 1990). » Une source de financement est donc nécessaire au progrès technologique; celle-ci peut être publique ou privée.

Cela dit, le tout à l’État du communisme a démontré ses limites; le capitalisme s’est ainsi avéré être la moins mauvaise forme d’organisation économique, même s’il a donné naissance à la société de consommation puis à celle d’hyperconsommation et qu’il est miné par la spéculation. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Robert Rochefort : « La société de consommation est la moins mauvaise des formes de société testées jusqu’à présent (Rochefort, 1995). »

Par conséquent, comme je l’écrivais en 2007, dans l’ouvrage « Consommation et luxe – La voie de l’excès et de l’illusion » : « Il ne s’agit pas de critiquer le capitalisme ni le système boursier dans son ensemble. Ce mode de financement est nécessaire au fonctionnement et à la croissance des entreprises ». Je me contentais alors de dénoncer la cupidité de quelques grands investisseurs qui alimente un phénomène de spéculation. Deux années se sont écoulées et, si je crois toujours fermement dans le bien-fondé d’une forme de capitalisme, responsable, mon opinion du système boursier, elle, s’est encore détériorée, car, plus que jamais, la spéculation fait rage à Wall Street, Bay Street et sur toutes les places boursières.

La spéculation est un phénomène qui est inhérent à l’activité boursière, parce qu’elle prend racine dans les désirs humains de pouvoir, l’argent étant une forme de pouvoir. Extrêmement nuisible à nos sociétés, elle est responsable de la crise des hypothèques à risque (subprime), qui a pris naissance à l’été 2007 puis dégénéré en crise économique et boursière mondiale une année plus tard, et de la plupart de celles qui ont précédé. C’est elle qui est responsable de la mauvaise réputation que plusieurs ont faite au capitalisme : « Plus tard, et plus destructrices pour la réputation du capitalisme aux États-Unis, on a eu la spéculation immobilière visiblement aberrante en Floride, la montée de l’influence corporative et industrielle et, la plus importante, l’explosion du marché boursier de la fin des années 1920. Sont alors survenus le krach de 1929 qui a retenti à travers le monde puis, pendant dix longues années, la grande dépression (Galbraith, 2004). »

Plus près de nous, prenons pour exemple le courtage très fréquent (high-frequency trading), une pratique qui se répand actuellement à Wall Street : « Des ordinateurs puissants, certains hébergés tout juste à côté des machines de la bourse de New York, permettent aux négociants de transmettre des millions d’ordres à la vitesse de l'éclair et, selon ce que leurs détracteurs font valoir, de récolter des milliards aux dépens de tous les autres investisseurs. Ces systèmes sont si rapides qu'ils peuvent déjouer ou dépasser les autres investisseurs, les humains comme les ordinateurs. Et après s’être développés dans l'ombre pendant des années, ils défraient maintenant la chronique. Presque tout le monde à Wall Street se demande comment les fonds spéculatifs (hedge funds) et les grandes banques telles Goldman Sachs font autant d'argent aussi rapidement après que le système financier se soit presque effondré. Le courtage très fréquent (high-frequency trading) est une explication (Stock Traders Find Speed Pays, in Milliseconds). »

Ainsi, il est probable qu’une grande partie des gains réalisés sur les parquets boursiers en 2009 ne soient attribuables qu’à la spéculation et à la manipulation des marchés. Ces pratiques ne créent aucune valeur tangible, seulement une valeur hypothétique fondée sur un futur imaginaire, d’où la création de bulles spéculatives, technologiques, immobilières ou autres; celles-ci éclatent inévitablement tôt ou tard, entraînant le cortège habituel de problèmes économiques et sociaux. Elles finiront par détruire nos économies et nos sociétés si on n’y met pas fin.

La spéculation et la manipulation des marchés, qui ont repris de plus belle après la crise boursière de l’automne 2008, mèneront inévitablement à une autre crise encore plus grave, dont les économies occidentales ne se remettront peut-être pas, si les États n’exercent pas un contrôle plus étroit sur ces pratiques.

Dans ma prochaine chronique, je parlerai de la naissance et de l’évolution du capitalisme et de la bourse, et comparerai deux formes d’investissements dans une entreprise de haute technologie.