mercredi 12 octobre 2011

Le mouvement « Occupons Wall Street » a raison

Les « indignés » de Wall Street, dont le mouvement s’étend maintenant à d’autres villes et d’autres continents, ont raison sur le fond; depuis plusieurs années, des pratiques irresponsables sont monnaie courante dans le secteur financier. Je pense tout particulièrement à la spéculation éhontée touchant des denrées essentielles, le pétrole, l’immobilier, le secteur des technologies, celui des banques… et j’en passe; ces pratiques spéculatives sont en voie de détruire, et je pèse mes mots, les fondements économiques de nos sociétés, au profit d’une poignée d’individus.

Je vois dans le ras-le-bol populaire que révèle le mouvement « Occupons Wall Street » un catalyseur qui pourrait forcer les gouvernements mondiaux à prendre des mesures concrètes pour ramener à un niveau tolérable les pratiques spéculatives.

Cela dit, je n’ai pas attendu les manifestations contre Wall Street et d’autres places boursières mondiales pour dénoncer les pratiques spéculatives irresponsables; ma position est claire et connue depuis longtemps. Les quelques exemples qui suivent illustrent bien mon opinion sur la question.

« C’est la spéculation qui, directement ou indirectement, est responsable de certaines, je n’ose pas dire toutes, des grandes crises qu’a connues l’humanité et de la mauvaise réputation qu’on a faite au capitalisme » (Consommation et luxe, 2007, p.51).

« La spéculation et la manipulation des marchés, qui ont repris de plus belle après la crise boursière de l’automne 2008, mèneront inévitablement à une autre crise encore plus grave, dont les économies occidentales ne se remettront peut-être pas, si les États n’encadrent pas plus étroitement ces pratiques » (Consommation et nouvelles technologies, 2009, p. 172).

« Ces pratiques ne créent aucune valeur tangible, seulement une valeur hypothétique fondée sur un futur imaginaire, d’où la création de bulles spéculatives, technologiques, immobilières ou autres; celles-ci éclatent inévitablement tôt ou tard, entraînant le cortège habituel de problèmes économiques et sociaux. Elles finiront par détruire nos économies et nos sociétés si on n’y met pas fin » (Les ravages du capitalisme financier, 30 janvier 2010).

« Cette crise est alimentée en tout premier lieu par les spéculateurs qui jouent les marchés à la baisse […] La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein » (La panique boursière : une crise fabriquée,9 août 2011).

vendredi 12 août 2011

Des mesures pour contrer la spéculation

Ceux qui me connaissent savent à quel point je honnis la spéculation; cette pratique est déstabilisante, voire destructrice, pour les marchés financiers et donc nuisible à l’économie de tous les pays.

C’est d’ailleurs pourquoi j’écrivais mardi : « La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein. »

Ce matin, je me réjouis de voir que les dirigeants de plusieurs pays européens ont enfin compris les dangers que font courir les pratiques spéculatives à leurs économies :

« Les autorités de régulation des marchés de la France, de l'Italie, de l'Espagne et de la Belgique ont décidé de manière concertée de lutter contre les “fausses rumeurs” qui déstabilisent les marchés. Dans un communiqué publié jeudi soir, l'ESMA, l'Autorité de régulation financière européenne, annonce jeudi que les ventes à découvert seront restreintes à partir de vendredi 12 août.

Les ventes à découvert sont un mécanisme spéculatif qui consiste à emprunter un actif dont on pense que le prix va baisser et à le vendre, avec l'espoir d'empocher une forte différence au moment où il faudra le racheter pour le rendre au prêteur. Cette pratique est accusée de précipiter la chute des actions les plus fragiles et d'aggraver l'instabilité sur les marchés financiers.
»

Il n’en a pas fallu davantage pour voir les bourses européennes repartir à la hausse en matinée aujourd’hui (vendredi), après avoir ouvert en baisse.

Qu'est-ce que les autorités financières du Canada, des États-Unis, de tous les autres pays en fait attendent pour faire de même? Une action mondiale concertée est absolument essentielle si on veut un jour éradiquer la spéculation. De simplement la limiter comme l’a fait l’ESMA est un pas dans la bonne direction, mais il faut aller plus loin pour mettre un terme aux actions des prédateurs financiers, des requins de la finance, que sont les spéculateurs.

Qu’en pensez-vous?

jeudi 11 août 2011

Des pyramides de dettes, entre autres au Québec

Les événements de mercredi démontrent la justesse des commentaires que j’ai formulés dans mon billet de mardi, « La panique boursière : une crise fabriquée ».

Alors que lundi les marchés boursiers mondiaux s’étaient écroulés, mardi, il a suffi que la réserve fédérale américaine annonce un gel des taux d’intérêt dans une fourchette variant de 0 à 0,25 %, pour que les bourses nord-américaines explosent; cette réaction euphorique des investisseurs est tout aussi émotive que celle des jours qui ont précédé… mais en sens inverse.

Mercredi, la bourse de Toronto affichait une perte à l’ouverture pour clôturer avec un gain modeste, alors qu’à New York (Dow Jones) on a plutôt vu se répéter la débâcle de lundi sous prétexte d’inquiétudes au sujet des banques françaises vulnérables à la crise de la dette en Europe. Le même jour, les marchés européens ouvraient à la hausse, entraînés par l’euphorie de mardi à New York… pour terminer en nette baisse.

Ce matin (jeudi), les bourses européennes ont ouvert à la hausse sans que les inquiétudes de la veille aient disparu; ce que feront les bourses canadiennes et américaines aujourd’hui relève de l’art divinatoire.

Ces réactions émotives disproportionnées, amplifiées par des transactions spéculatives, nous font oublier la cause principale de la crise actuelle, la dette des États; ce jeu de yo-yo continuera tant et aussi longtemps que les états concernés n’auront pas assaini les dépenses publiques.

C’est également l’avis de l'économiste et essayiste Jacques Attali : « Les dettes ne sont pas mauvaises en soi, surtout quand elles servent à investir. Mais lorsque la dette publique dépasse 50% à 60% du produit intérieur brut [PIB] et n'est pas génératrice de croissance, elle devient un cercle vicieux. Or, depuis 2008, la seule réaction de l'Occident face à la crise n'a pas été d'apporter des réponses structurelles, mais d'augmenter les dettes publiques de 30 % du PIB. »

Si le Canada, je l’ai écrit lundi, fait figure de citoyen modèle à ce chapitre, il en va tout autrement du Québec et de certains pays européens. La dette des États-Unis m’inquiète beaucoup moins, car, comme je l’ai également écrit lundi, vu leur immense pouvoir d’achat et leur niveau de taxation, il suffirait d’imposer une taxe à valeur ajoutée de seulement 2 ou 3 % pour voir se résorber la dette.

Par contre, au sein du Canada, le Québec est la province la plus endettée : « En 2011, la dette brute devrait continuer de croître et atteindre 173,4 milliards $, ce qui équivaut à 54,7 % du PIB. À ce niveau, le Québec sera de loin la province la plus endettée au Canada, suivie de Terre-Neuve et Labrador. »

Vous rendez-vous compte? 54,7 % du PIB, et nos gouvernements successifs de toutes allégeances politiques ont maintenu, voire multiplié, des programmes sociaux universels, c'est-à-dire s’appliquant à tous les citoyens sans égard à leur revenu ou à leur situation personnelle particulière.

Comprenez-moi bien, je suis un fervent défenseur des mesures sociales permettant d’assurer un minimum de confort aux personnes démunies; dans un pays riche comme le nôtre, il serait scandaleux de laisser des personnes vivre dans la misère.

Par contre, je m’opposerai toujours avec la dernière énergie au caractère universel de certains programmes sociaux et à la création anarchique de nouveaux programmes dont la nécessité reste à démontrer, sans égard à au niveau d’endettement de l’État.

Au Québec par exemple, trouvez-vous normal le fait qu’une mère célibataire gagnant 20 000 $ par année et un couple dont le revenu annuel dépasse 150 000 $ paient le même montant, soit 7 $ par jour, pour placer un enfant dans un centre de la petite enfance (CPE)?

Êtes-vous d’accord avec la mise en place d’un programme de financement public de procréation assistée dont les coûts ont été sous-estimés, et qui en 2014-15 coûtera à l’État 63 millions par année? Dans l’état actuel de la dette publique du Québec, c’est une aberration.

Et ceci sans compter le fait, votre argent et le mien est utilisé pour « financer les cliniques privées plutôt que de créer une expertise » publique selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Pour l'exercice financier 2010-11, il en a coûté 27,1 millions pour 3 500 cycles de procréation, ce qui nous fait plus de 7 700 $ par bébé, à la condition que chaque cycle ait abouti en une naissance. Ce n’est vraiment pas la façon la plus efficace de faire augmenter le poids démographique du Québec au sein du Canada!

En fait, plusieurs pays européens et le Québec sont en faillite technique; les gouvernements de ces États ne peuvent plus utiliser l’argent de leurs commettants, notre argent, pour toutes sortes de folles dépenses qui ne profitent pas à la population dans son ensemble, sans égard à l’état de la dette publique de surcroît.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus.

mardi 9 août 2011

La panique boursière : une crise fabriquée

Depuis leur sommet atteint au printemps 2011, toutes les bourses mondiales sont en déclin, une baisse qui s’est brusquement accélérée hier après la décote de la note de la dette américaine par l’agence de notation Moody’s.

Cette décote, que j’ai peine à m’expliquer d’ailleurs, n’est qu’un prétexte; à elle seule, elle ne justifie d’aucune façon la débâcle des marchés financiers. Cette débandade est artificielle, car rien de fondamental n’a changé dans les économies mondiales depuis le printemps 2011.

L’Europe est bien équipée pour faire face à la crise de la dette que vivent certains pays; à preuve, l’euro continue d’être une monnaie forte. Les États-Unis, commencent à créer des emplois, comme le démontrent les récentes statistiques, ce qui ne manquera pas de relancer la consommation en définitive, ne serait-ce qu’en recréant un climat de confiance. Quant à la dette américaine, elle pourrait très facilement être éliminée par l’imposition d’une simple taxe à valeur ajoutée de 2 ou 3 %, telle la TPS au Canada. Le Canada, quant à lui, est en excellente position, ayant assaini ses finances publiques depuis un bon moment déjà et le gouvernement Harper s’appliquant à réduire encore davantage les dépenses publiques..

Quant aux places boursières elles-mêmes, un grand nombre d’entreprises, technologiques entre autres, présentent des résultats financiers qui dépassent les attentes des marchés.

La crise actuelle est donc artificielle.

Cette crise est alimentée en tout premier lieu par les spéculateurs qui jouent les marchés à la baisse. Je ne suis pas seul à le dire. Michel Girard, un excellent chroniqueur financier au quotidien La Presse a écrit ce matin : « Par ailleurs, j'aimerais vous signaler que des spéculateurs font présentement fortune en misant carrément sur la chute des Bourses, soit en détenant des parts des hedge funds spécialisés en baisse de marché, soit en vendant à découvert des blocs d'actions, soit en achetant tout simplement des options de vente sur des actions ou sur des indices boursiers. » Les réactions émotives des investisseurs font le reste.

La spéculation est la plaie de notre système économique et je souhaiterais voir les gouvernements mondiaux adopter des mesures fermes concertées pour y mettre un frein.

Mon conseil aujourd’hui à touts les petits investisseurs inquiets : ne cédez pas à la panique, car il n’y a pas de raison de paniquer. La panique ne fera qu’alimenter la crise et profiter encore plus aux spéculateurs. Les rendements historiques de la bourse démontrent que les investisseurs qui gardent leur calme dans de telles situations en sortent gagnants. Si vos placements sont faits dans une perspective à long terme, par exemple un REER que vous ne prévoyez pas utiliser avant une dizaine d’années, faites comme moi et ne regardez même pas les fluctuations quotidiennes actuelles.

Si par contre vous avez des placements dont vous prévoyez avoir besoin dans un horizon d’un à trois ans, je vous conseille de les retirer des marchés boursiers, car votre perte en capital ne devrait en principe pas être trop élevée jusqu’à présent; vous pourrez ensuite les placer dans des véhicules financiers plus sécuritaires, en consultation avec votre conseiller financier.

Merci de commenter.

mardi 21 juin 2011

La survie économique de Montréal

En 2009, dans « L’image de marque des grandes villes : Montréal dans le monde », un chapitre dans l’ouvrage collectif « Montréal, aujourd’hui et demain », je déplorais déjà le morcellement de cette ancienne métropole du Canada :

« Malheureusement, en 2004, à la suite d’une promesse électorale opportuniste, des référendums ont mené à la transformation de Montréal en un espace balkanisé de petits fiefs. Sans compter les municipalités défusionnées, donc autonomes, dont certaines s’apparentent davantage à des villages, les arrondissements de Montréal sont désormais eux aussi gérés comme autant de villes autonomes par autant de petits seigneurs préservant jalousement leurs pouvoirs, les maires d’arrondissement. »

En outre, je préconisais la création d’un espace métropolitain élargi analogue à celui du Greater Toronto Area (GTA), géré par un seul maire :

« Mieux encore, il faut espérer que l’actuel gouvernement du Québec reconnaisse l’erreur commise par les défusions de 2004 et ait le courage politique de reconstituer l’intégralité de la ville de Montréal sur l’île du même nom. Idéalement, il faudrait même appeler de nos vœux la création, au-delà de la Communauté métropolitaine de Montréal, d’un Montréal élargi englobant non seulement toute l’île de Montréal, mais également la ville de Laval et celle de Longueuil, cette dernière telle que définie par la loi sur les fusions municipales de 2002. Cette entité municipale devrait évidemment être gérée par une seule personne visionnaire, car une ville qui se veut internationale doit parler d’une seule voix; ses politiques doivent être inspirées par des considérations régionales, voire nationales. »

En conclusion, j’affirmais ce qui suit :

« Il n’existe toujours pas à Montréal de vision élargie et audacieuse de la ville visant à en faire une des «grandes» villes internationales. »

Depuis, la situation de Montréal n’a fait que se détériorer au point où il faut maintenant craindre pour sa survie économique. Sous la gouverne de politiciens mal inspirés, dont la vision de Montréal s’apparente davantage à celle d’un village qu’à celle d’une métropole, on développe outrageusement le transport à bicyclette au détriment d’une circulation automobile essentielle à la santé économique de la ville.

On oublie que plus de la moitié de la population de la grande région métropolitaine habite à l’extérieur de Montréal et n’a d’autre choix que d’utiliser un véhicule automobile pour se déplacer à Montréal, le transport en commun étant conçu pour les déplacements au travail en semaine. Le prix trop dispendieux d’un déplacement occasionnel, le temps trop long requis pour se rendre de la banlieue au centre-ville, les horaires peu commodes en dehors des heures de pointe du lundi au vendredi, le manque d’intégration entre les modes de transport, tout milite contre l’utilisation du transport en commun.

Pensez qu’à Paris, pour environ deux euros, une somme qui équivaut pour un parisien à ce que sont deux dollars pour un montréalais, vous pouvez prendre le RER à Antony et être au cœur de Paris en 20 minutes; vous avez aussi la possibilité de vous rendre facilement jusqu’aux aéroports d’Orly ou de Roissy, de transférer à l’une ou l’autre des nombreuses lignes de métro qui quadrillent la ville, au TGV ou à l’Eurostar. À New York, pour une somme équivalente et dans le même temps, vous pouvez vous rendre de Long Island à Times Square, un trajet semblable au précédent, en utilisant un métro tantôt aérien, tantôt souterrain.

À Montréal, au lieu de ça, nous avons des autobus inconfortables ou des trains de banlieue lents, dispendieux et aux horaires peu commodes. Comment voulez-vous que les résidents du 450 soient tentés par l’expérience peu amène du transport en commun, sauf à habiter à distance de marche de l’une des peu nombreuses stations de métro (une à Longueuil et trois à Laval)?

Sur ce plan, la ville de Montréal a manqué une belle occasion de développer un réseau de métro plus efficace lors du renouvellement de son matériel roulant. Si ses dirigeants avaient opté pour un métro sur roues de fer au lieu de pneumatiques, une solution deux fois moins coûteuse que les ingénieurs qui ont construit le réseau affirment être parfaitement compatible avec les installations existantes, Montréal aurait pu étendre ce réseau beaucoup plus loin et à moindre coût puisqu’il n’aurait plus été nécessaire de creuser sans cesse. Paris avait naguère opté pour le métro sur pneumatique, mais a vite compris que cette solution n’était pas viable à long terme.

Actuellement, lorsqu’on pense transport en commun à Montréal, on pense uniquement aux résidents des arrondissements centraux plutôt qu’à l’ensemble de la population du Grand Montréal, incluant ceux qui habitent les banlieues. En outre, l’administration de certains arrondissements et celle de la ville centrale ont tout fait en leur pouvoir pour mettre la bicyclette au premier rang et décourager l’utilisation d’un véhicule automobile.

Sur ce plan, l’instauration du système Bixi est un désastre financier, comme le confirme l’article de Gabriel Béland à la une de La Presse d’aujourd’hui et l’implantation anarchique de pistes cyclables; quoiqu’en dise le maire de Montréal, Monsieur Tremblay, le vélo n’est pas un mode de transport collectif qui doit être mis sur le même plan que métro ou l’autobus. Des statistiques le démontrent, l’utilisation de la bicyclette comme mode de transport est le fait d’une infime minorité de personnes et qui plus est, seulement six mois par années pour la plupart de ces derniers.

Pour restreindre l’utilisation d’un véhicule automobile, on a contre tout bon sens modifié le sens de la circulation sur plusieurs rues, rétréci d’autres artères en y dessinant des hachures ou des bandes, ne tenant aucun compte des travaux de réfection en cours et surtout sans un plan central logique et planifié de circulation; il est complètement absurde qu’un maire d’arrondissement, tel Monsieur Ferrandez, puisse à sa discrétion adopter des mesures qui entravent contre tout bon sens la circulation non seulement sur le Plateau Mont-Royal, l’arrondissement qu’il dirige, mais plusieurs autres arrondissements de Montréal.

Hier, j’ai eu le plaisir de dialoguer avec la résidente d’un HLM situé sur le Plateau Mont-Royal; elle se reconnaîtra peut-être si elle lit ces lignes. Visiblement âgée de plus de 60 ans, mais étonnamment en forme malgré ses problèmes de santé, c’est une femme active qui se déplace beaucoup dans Montréal et à l’extérieur de la ville et même du Canada. Elle m’a confirmé ce que je soupçonnais déjà, à savoir que les citoyens « ordinaires », Monsieur et Madame Tout Le Monde, du Plateau Mont-Royal en ont ras le bol des bicyclettes et des modifications à la circulation dans leurs rues; j’exclus évidemment de ce nombre les bien-pensants de la gauche caviar. Même les véhicules du transport adapté ont désormais de a difficulté à accéder à la rue Gilford sur laquelle est situé le HLM que mon interlocutrice habite.

Le déclin économique de Montréal a commencé depuis de nombreuses années déjà et s’accélère dangereusement, comme le confirme l’article de Martin Croteau à la une de La Presse d’aujourd’hui; les restaurateurs et les commerçants perdent une part importante de leur clientèle en pleine saison estivale. Je puis vous certifier que le consommateur qui prend de nouvelles habitudes d’achat ne reviendra pas même si les irritants qui l’ont fait fuir disparaissent; Montréal est en passe de devenir une zone économique sinistrée.

N’oublions pas non plus les touristes; si quelques visiteurs de villes, provinces ou états limitrophes ont utilisé leur voiture pour venir nous visiter cette année, nous ne sommes pas près de les revoir l’année prochaine. Les festivals qui sont en quelque sorte la marque de commerce de Montréal en souffriront nécessairement et pourront même disparaître.

Il est plus que temps que le gouvernement du Québec intervienne pour remettre de l’ordre dans tout ça, car la survie économique de Montréal en dépend et par le fait même, la santé de l’économie du Québec, car Montréal est le moteur économique de la province. On doit rapidement créer un Montréal élargi dirigé par un seul maire et abolir les mairies d’arrondissement, même si des groupes de pression prétendant représenter une majorité s’y opposent; que l’on n’aille surtout pas faire un référendum sur la question! Il faudra que ce futur maire du Grand Montréal gère en fonction de l’ensemble de la population sous sa juridiction et propose un plan de transport intégré où figurera au premier plan un réseau de transport rapide et peu coûteux analogue au RER parisien, où on redonnera au transport routier la place importante qu’elle doit occuper dans une métropole, où les travaux de réfection seront planifiés et coordonnés à l'échelle régionale, et où la bicyclette sera reléguée à l’arrière-plan, comme il se doit puisqu’il ne répond au besoin que d’une infime minorité d’usagers habitant les quartiers centraux de Montréal.

Mise à jour le 22 juin 2011

Le lendemain de la publication de mon billet, André Pratte a publié un excellent éditorial intitulé « Une situation intolérable ». Il abonde dans le même sens que moi : « En perturbant le transport des travailleurs, des touristes et des marchandises, la congestion permanente nuit à l'économie de Montréal et mine sa réputation. » Je vous invite à le lire.

Mise à jour le 26 juin 2011

Décidément, mon sujet fait les manchettes. Le 25 juin, soit quatre jours après la publication de mon billet, Claude Picher a publié un excellent article intitulé « Des bouchons et des pertes ». En voici un extrait : « La paralysie de la circulation à Montréal, aggravée par les stupides mesures vexatoires des ayatollahs anti-automobile, se traduit par des pertes de productivité énormes, de quoi amplement annuler l'activité économique reliée aux chantiers. » Il évalue à 80 millions par semaine les pertes attribuables à cette situation et conclue ainsi : « Mais ce qu'il faut surtout retenir de tout cela, c'est que cette inqualifiable gabegie coûte une fortune à l'économie québécoise, sans compter tous les emmerdements qui viennent avec... » À lire absolument.

vendredi 6 mai 2011

Les mesures de contrôle du prix de l’essence

Encore une fois, de jeudi à vendredi, le prix de l’essence ordinaire a bondi à 1,469 $/L dans la région de Montréal, alors que le prix moyen au Québec est de 1,395 $/L; pendant ce temps, le prix du pétrole brut est en forte baisse, ayant perdu 18 % de sa valeur depuis une semaine.

Ce jeu idiot de hausses aussi brutales qu’inattendues, suivies de baisses graduelles échelonnées sur 3 à 7 jours, est très frustrant pour les automobilistes, car il perdure depuis de nombreuses années; diverses associations l’expliquent chacune à leur manière selon qu’elles représentent les intérêts des grandes pétrolières, des petits détaillants indépendants ou des consommateurs.

Radio-Canada rapporte même que la question est débattue à l’Assemblée nationale, « où le ministère des Ressources naturelles analyse une proposition de l'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP) de plafonner le prix de l'essence.»

Cette proposition est une très mauvaise idée; partout où elle a été tentée, cette forme de législation s’est avérée peu efficace, voire nuisible, entre autres au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard que l’on cite en exemple; d’ailleurs, « si le CAA-Québec s’oppose à un tel système, c’est qu’il estime qu’en fixant un prix plafond, les détaillants auront tendance à s’y coller. Cela limitera la concurrence et, en bout de ligne [sic], les consommateurs paieront toujours plus cher. »

D’ailleurs, le problème des hausses brutales du prix de l’essence dans la région de Montréal est en partie attribuable à l’introduction d’un prix plancher en 1996; j’ai d’ailleurs prévu ce problème et dénoncé cette mesure législative à l’époque. C’est aussi la conclusion d’une étude réalisée pour CAA-Québec par Christos Constantatos, chercheur au département d’économique et au GREEN (Groupe de recherche en économie de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles), Université Laval : « Il est clair que l'effet direct d'un prix plancher est néfaste pour le consommateur qui se voit obligé de payer un prix plus élevé que celui que le marché libre aurait déterminé. La différence entre le prix plancher et le prix libre multipliée par la quantité achetée au prix plancher représente une subvention du consommateur au producteur. »

Dans la situation de libre marché où nous nous trouvons, les interventions de l’état sous forme de mesures législatives font la plupart du temps plus de mal que de bien; en définitive, le consommateur est perdant, car il paie plus cher qu’il ne devrait. Ce sont les consommateurs qui paient pour assurer la survie des petits détaillants indépendants; or, dans un libre marché, les acteurs peu efficaces doivent disparaître pour laisser la place à d’autres qui sont eux, capables de mieux servir le marché. Pour le consommateur, le mieux est donc de laisser le marché s’équilibrer lui-même par le biais de guerres de prix, comme celles qui prévalaient avant l’entrée en vigueur du prix plancher.

C’est d’ailleurs la conclusion de l’étude réalisée pour CAA-Québec citée précédemment : « En conclusion, les guerres de prix représentent un phénomène naturel du marché et bénéficient au consommateur, non seulement en lui offrant des prix très bas à court terme, mais en rendant aussi possibles des prix bas à long terme à cause de la rationalisation de la taille des firmes. Elles ne devraient donc pas être considérées en soi comme preuve d'effort de monopolisation du marché. »

Cet épouvantail d’un monopole exercé par les grandes compagnies pétrolières est souvent brandi pour justifier un contrôle du prix de l’essence; cet argument ne tient pas la route, car le marché de l’essence met en présence cinq grandes pétrolières, Esso, Irving, Petro-Canada, Shell et Ultramar dans le secteur du raffinage, et de multiples détaillants de toutes natures et appartenances.

En conclusion, si les mesures législatives sont à proscrire pour réguler le prix de l’essence, une simple mesure administrative pourrait, non pas en faire baisser le prix, car celui-ci est fixé à l’échelle internationale, mais à tout le moins éviter qu’il puisse y avoir une forme de collusion dans la fixation du prix de l’essence, si collusion il y a, et faire cesser le jeu de yo-yo. Le gouvernement n’a qu’à exiger que toutes les stations-service annoncent publiquement une hausse prévue du prix de l’essence 24 heures avant l’entrée en vigueur du nouveau prix; l’utilisation d’un site Web interactif permettrait l’implantation d’un système simple, convivial et peu coûteux à mettre en place et à maintenir.

Il serait alors possible de comprendre le mécanisme sous-jacent à ces hausses spectaculaires et de mettre fin à cette pratique; en outre, les automobilistes ne seraient plus victimes de ces hausses, car ils auraient 24 heures pour faire le plein avant qu’une hausse entre en vigueur. Il y a gros à parier que cette simple mesure ferait cesser les hausses brutales du prix de l’essence, car les détaillants n’y trouveraient plus leur compte.