samedi 3 janvier 2009

Ouverture des commerces le 2 janvier : une absurdité

Je ne comprends pas que le gouvernement ait acquiescé à la demande de certains intervenants du commerce de détail visant l’ouverture des magasins le 2 janvier; même si les objectifs sont légitimes de part et d’autre, relancer l’économie pour le gouvernement et augmenter les revenus dans le second cas, l’action retenue est inefficace au mieux. Commençons par les détaillants.

Même s’il est vrai que ces derniers ont engrangé hier des revenus supplémentaires, ils n’ont rien gagné; bien au contraire, ils ont perdu. Je m’explique.

Sauf à s’endetter davantage, un point sur lequel je reviendrai un peu plus loin, le consommateur dispose d’un montant fixe pour ses dépenses discrétionnaires; ce qu’il a dépensé hier il l’aurait dépensé de toute façon le 3 ou le 4 ou le 20 janvier… ou dans les mois qui viennent. Le corollaire est tout aussi vrai : ce que le consommateur a acheté hier, il ne l’achètera pas dans les jours, les semaines ou les mois qui viennent.

En définitive, pour le même revenu, les commerçants auront donc dû engendrer des coûts d’exploitation additionnels; leur marge de profit en est donc diminuée d’autant.

Revenons maintenant sur la question de l’endettement, car c’est là que le bât blesse. Je trouve paradoxal, voire absurde, même irresponsable, que, dans plusieurs pays industrialisés, les gouvernements veuillent favoriser la consommation pour résorber la crise; une consommation excessive est un des principaux éléments déclencheurs de la crise économique actuelle.

Celle-ci, rappelons-le, a débuté à l’été 2007 avec la débâcle des hypothèques à haut risque (subprime), bref par un endettement excessif du consommateur. Or, l’hyperconsommation tout autant que l’achat d’une maison a contribué à cet endettement excessif; certains augmentaient même le montant de leur hypothèque pour ensuite dépenser cet argent en biens et services de consommation.

D’inciter les gens à consommer pour sortir de la crise économique est aussi logique que de demander à des pyromanes d’allumer des incendies pour occuper les pompiers; la solution porte en elle le germe de son échec éventuel, car elle conduit inéluctablement à l’endettement alors que le taux d’endettement est déjà à un sommet vertigineux.

Comme je l’écrivais le 9 décembre dans la chronique Le produit intérieur brut et la consommation, « les économies des pays industrialisés sont beaucoup trop dépendantes de la consommation »; la solution à la crise actuelle doit reposer beaucoup plus sur la production que sur la consommation. En ce sens, les programmes d’infrastructures que semblent vouloir mettre en place la plupart des gouvernements nord-américains me semblent être une avenue bien plus prometteuse; une fois l’emploi stabilisé, le taux d’épargne augmenté et celui de l’endettement diminué, la consommation pourra reprendre… d’une façon plus réfléchie, plus responsable.

3 commentaires:

Michele Laframboise a dit...

Bonjour!

Avant d’accorder un beau prêt sans intérêt de plusieurs milliards aux Grands de l’Auto, je leur aurai demandé de fournir la liste de _tous_ les brevets de voitures électriques ou non polluantes que Ford, GM, et Chrysler ont achetés au cours des 60 dernières années.

Avec leurs rapports indiquant pourquoi ils ont gardé ces véhicules sous le boisseau, alors que cela fait au moins 40 ans* que les médias dénoncent la pollution par les combustibles fossiles…

Un indice: les pièces de ces véhicules étaient trop durables...

François Breault a dit...

Beaucoup de gens ont de la difficulté à résister à la tentation d'acheter à crédit. De plus, les jeunes font leur entrée dans le domaine de la consommation de plus en plus tôt. Je crois qu'on devrait sensibiliser les adolescents à des notions d'économie, cependant plus près d'eux. Actuellement, le cours d'économie offert dans les écoles secondaires parle de l'offre et la demande, des marchés boursiers, etc. Les jeunes doivent saisir les subtilités des cartes de crédit, la tenu d'un budget, etc.

Si l'on veut enrayer le phénomène d'une économie basée sur le crédit, on doit former les nouvelles générations.

Jean-Pierre a dit...

Je trouve que la suggestion de Mme Laframboise est excellente. Quand on regarde un film comme "Who Killed the Electric Car", on se rend compte à quel point les priorités des grandes sociétés comme GM sont loin de celles des consommateurs. Rêvons un peu et imaginons que le gouvernement "achète" tous ces brevets, en échange de son aide, et les vende au plus offrant, à condition de travailler à une mise en marché sérieuse : parions que la nouvelle société ne tarderait pas à prendre son envol. Même les Américains achèteraient de gros VUS propulsés à l'électricité. Ils se fichent de brûler du pétrole ou mon: ce qu'ils veulent, ce sont de gros véhicules... (http://www.whokilledtheelectriccar.com/)