mardi 6 janvier 2009

Pourquoi la crise n’est pas catastrophique

Lors de mon passage à l’émission « Christiane Charrette » le mardi 6 janvier 2009, l’un de mes premiers commentaires fut d’affirmer que la situation actuelle n’était pas catastrophique. Permettez-moi d’expliquer un peu cette prise position.

Ne nous le cachons pas, la crise actuelle est sérieuse; nos gouvernements devront prendre des actions en conséquence très rapidement, un point sur lequel je reviendrai un peu plus loin. Nous devrons tous également être réfléchis et responsables dans notre consommation.

Cependant s’il faut éviter de minimiser la crise, il ne faut pas non plus l’exagérer. La récession et la dépression ont tout autant des causes psychologiques qu’économiques; il serait irresponsable d’inquiéter encore davantage les Canadiens, quand déjà deux personnes sur trois sont pessimistes quant à leur avenir.

Or, en particulier au Canada, la crise n’est pas catastrophique, ni sur le plan financier, ni sur le plan économique.

Sur le plan financier, si la plupart des grandes entreprises ont vu fondre le cours de leur action en bourse, ceci n’affecte en rien la capacité de production de ces dernières, à la condition de pouvoir financer leurs projets de développement. À preuve, Bombardier Transport annonçait hier un contrat de 2,4 milliards avec la Deutsche Bahn, la société allemande des chemins de fer. C’est exactement là le genre d’activité commerciale favorable à l’économie canadienne, dont je parlais récemment dans la chronique « Le produit intérieur brut et la consommation ». Par ailleurs, même si plusieurs d’entre elles ont subi des pertes à cause du papier commercial fondé sur des hypothèques à risque, aucune des grandes banques canadiennes n’est en danger; elles sont toutes en excellente santé financière.

Sur le plan économique, la consommation ralentit, mais c’est à mon avis une bonne chose, car les économies des pays industrialisés ne peuvent plus dépendre de la consommation intérieure dans une aussi grande proportion (62 % au Canada et 71 % aux États-Unis en 2007). C’est également une bonne chose, parce que le niveau d’endettement est beaucoup trop élevé et celui de l’épargne quasi nul. Je ne préconise pas un arrêt brutal de la consommation; ce serait de toute façon utopique. Cependant, je crois que les gens devraient acheter d’une façon plus réfléchie, en fonction de leur capacité financière. Tant du côté du consommateur que de celui du producteur, on doit briser le cercle vicieux de l’escalade du luxe, sujet de mon dernier ouvrage « Consommation et luxe ».

Voici quelques stratégies que devraient adopter nos gouvernements pour résorber la crise :

  • Maintenir l’accessibilité au crédit, en particulier pour assurer le développement des entreprises.
  • Dans une moindre mesure maintenir également l’accessibilité au crédit, surtout pour la consommation de produits durables, pour les personnes dont le taux d’endettement n’est pas déjà trop élevé.
  • Générer de l’activité économique et créer de l’emploi à travers d’importants travaux d’infrastructure.
  • Encourager l’épargne par des programmes comme le CELI.
  • Favoriser le maintien d’un niveau de consommation correspondant à 50 à 55 % du produit intérieur brut, plutôt que le 62 % qu’elle représente actuellement au Canada.

2 commentaires:

Labelle A a dit...

Vos propos sont très intéressants et sans doute tout à fait appropriés. Mais un aspect que j'aimerais souligner c'est, disons, l'éthique dans les activités économiques. Je pense qu'une des sources principales de la présente crise est la spéculation effrénée. Les gouvernements devraient sérieusement encadrer toutes les activités essentiellement spéculatives afin d'éviter les abus que nous constatons maintenant. Je pense de plus en plus que les spéculateurs sont des cancers voire même des dangers publics qu'il faudrait entraver sérieusement. Leurs activités créent une richesse fictive dont ils sont les seuls à profiter. Pire, elles engendrent certainement des crises sérieuses, des effondrements car justement elles n'ajoutent aucuns actifs ou valeurs tangibles aux entités économiques qui sont sous leurs feux.

Les abus spéculatifs ne font rien pour maintenir l'économie saine. En fait, ces abus minent la confiance des consommateurs qui naturellement auront tendances à moins consommer.

Benoit Duguay a dit...

Je suis entièrement d’accord avec vous quant aux méfaits de la spéculation; c’est d’ailleurs une pratique que je dénonce dans l’ouvrage « Consommation et luxe » (http://www.deut.uqam.ca/livres/consommation_luxe.htm). J’ai également abordé cette question dans ma chronique du 10 juin 2008, « Pétrole et spéculation » (http://benoit-consommation.blogspot.com/2008/06/ptrole-et-spculation.html).