dimanche 14 juin 2009

Les technologies de guerre : le Blitzkrieg

Si au sortir de la Première Guerre mondiale, la France victorieuse dispose d’une armée de l’air puissante, il n’en va pas autant en septembre 1939; des incohérences dans les politiques gouvernementales, une incompréhension de l’importance stratégique et tactique de l’aviation par le haut commandement et une insuffisance de la capacité de production des avionneurs nationaux empêchent la France de reconstruire une armée de l’air capable de faire face aux défis de l’époque (T. Vivier, La politique aéronautique militaire de la France, Janvier 1933 – Septembre 1939, Paris , L’Harmattan, 1997). L’avion de chasse le plus utilisé par l’armée de l’air française est le Morane-Saulnier 406, inférieur au Messerschmitt 109 allemand. Malgré leurs efforts héroïques, les aviateurs français sont incapables de s’opposer efficacement aux bombardements des avions d’assaut de la Luftwaffe (armée de l’air allemande), les tristement célèbres Stukas. C’est un des facteurs qui expliquent le succès du concept de « guerre éclair » (Blitzkrieg) mis au point par l’état-major d’Hitler : « La combinaison des bombardiers en piqué Stuka et des forces de Panzer [char de combat allemand] donna rapidement la victoire » (D. Mondey (dir. publ.), J. Liron, J.W. Dennison, K. Munson et P. Pletschacher pour l’édition originale 1977, A. Hérubel (dir. publ.) et J.A. Rabet pour l’adaptation française, Encyclopédie de l’aviation, Compagnie internationale du livre, 1980, p. 151). C’est ce qui permit l’invasion de la Pologne en un mois et plus tard celle de la France en six semaines.

« En vertu du traité de Versailles, il était interdit à l’Allemagne d’entretenir une force aérienne, mais elle avait droit à un ministère de la Défense et ce dernier comprenait un petit état-major de l’air. Les constructeurs allemands conçurent toute une gamme d’avions de ligne, d’entraînement et de liaison qui servirent plus tard de prototypes aux bombardiers, chasseurs et avions d’assaut. La compagnie aérienne nationale, la Lufthansa, dispensait l’entraînement aérien et l’esprit aéronautique était entretenu par les sports aériens : vol à voile et vol à moteur. Quand Hitler accéda au pouvoir en 1933, il lança un réarmement massif en commençant par la Luftwaffe » (Ibid., p. 150).

samedi 6 juin 2009

Les technologies de guerre : introduction

Nous célébrons aujourd’hui le 65e anniversaire du débarquement de Normandie (Jour J) qui marque le début de la reconquête de l'Europe par les pays alliés. Je crois qu'il est approprié, voire indispensable, d'avoir une pensée pour les milliers de femmes et d'hommes qui ont donné leur vie repousser l’envahisseur et de reconquérir les territoires occupés. C'est également pour moi l'opportunité d'entreprendre une série de chroniques portant sur les technologies de guerre. Commençons par un peu d'histoire.

La fin des années trente voit se résorber tranquillement la Grande dépression qui a sévi pendant toute une décennie. Les démocraties occidentales se concentrent sur les moyens à prendre pour faire redémarrer leurs économies respectives; elles visent donc avant tout à maintenir la paix en Europe et, pour ce faire, font preuve de tolérance envers Hitler. L’annexion de l’Autriche résultant de l’Anschluss de 1938 est un premier pas de l’Allemagne pour élargir les frontières imposées par le traité de Versailles qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. Lors d’une conférence à Munich en septembre 1938, dans un effort d’apaisement du Führer allemand, les dirigeants français et anglais entérinent les accords de Munich qui concèdent à l’Allemagne l’annexion des monts Sudètes sur le territoire de la Tchécoslovaquie. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahi la Pologne; deux jours plus tard, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays lui déclarent la guerre. Elle durera six longues années et s’étendra à plusieurs continents et océans.

Comme tous les conflits, la Seconde Guerre mondiale a accéléré le développement technologique; les périodes de crise sont favorables aux nouvelles inventions, en partie parce que l’aiguillon de l’urgence favorise la créativité et aussi parce que les crédits accordés au développement technologique par les gouvernements sont alors, sinon illimités, du moins fortement augmentés. Je ne vais pas tenter de faire une énumération exhaustive de toutes les technologies de guerre. Pour ces chroniques, je retiens l’aviation et l’espace.

Je commencerai la semaine prochaine avec la période du Blitzkrieg, le concept de guerre éclair qui a permis à Hitler d’envahir toute l’Europe, puis l’Afrique.

samedi 30 mai 2009

Acheteurs méfiez-vous!

Ce que nous avions tous constaté dans les supermarchés nous a été confirmé par Statistique Canada; pour la période de 12 mois terminée en avril, le prix des aliments achetés en magasin a augmenté de façon importante. La hausse moyenne est de 8,3 %, mais cette statistique cache une autre réalité; le prix de certains aliments a augmenté beaucoup plus. C'est le cas des légumes frais (+26,0 %) et des fruits frais (+16,8 %), dont la consommation recommandée par Santé Canada se situe entre 7 et 10 portions par jour chez l'adulte. Pour ces produits, le consommateur doit absolument comparer les prix chez les divers marchands, car les écarts sont importants et les prix varient considérablement de semaine en semaine.

Le consommateur doit également être vigilant par rapport aux changements dans le format des produits, un phénomène qui se manifeste depuis quelques années, mais qui prend de l'ampleur me semble-t-il. Ainsi, j'ai récemment remarqué que le paquet grand format d'une barre de fromage d'une marque bien connue avait récemment diminué de 600 g à 500 g... pendant que son prix augmentait.

vendredi 1 mai 2009

Pourquoi abandonner la marque Pontiac?

Le 27 avril 2009, GM annonçait l’abandon de la marque Pontiac dans le cadre d’une restructuration destinée à réduire ses coûts. Cette décision est-elle judicieuse? Considérons quelques faits.

Pontiac est une grande et vieille marque à laquelle des millions de personnes étaient et sont toujours fidèles. Introduite en 1906 par la Pontiac Spring & Wagon Works, elle tire son nom du célèbre chef amérindien Pontiac (Obwandiyag, 1712-1769) qui a mené une rébellion contre l’occupation britannique des Grands Lacs (1763-1766).

Au fil des années sont apparues de nombreuses voitures qui se sont distinguées; pensons entre autres à la Star Chief toute en rondeurs (1955), à la Bonneville avec ses ailerons arrières (1959), à la célèbre Firebird (1967) introduite pour concurrencer la Ford Mustang, à la GTO (1969), à la Gran Am (1973), à la Trans Am (1985), descendante de la Firebird, et au coupé deux places Fiero (1985), pour ne mentionner que celles-là.

Je comprends la nécessité pour GM de réduire ses coûts; il en va de sa survie. Cependant, je crois que les mêmes économies pourraient être réalisées tout en conservant la marque Pontiac qui a une grande valeur non seulement sentimentale et culturelle, mais économique; en fait, si GM l’abandonne, je ne serais pas du tout surpris de voir des investisseurs proposer de la reprendre.

Le problème de Pontiac provient du dédoublement de plusieurs modèles avec la marque Chevrolet; ceci entraîne des coûts excédentaires autant pour la fabrication que pour la commercialisation. On pourrait facilement réduire ces coûts en éliminant les modèles Pontiac pour lesquels il existe déjà un modèle Chevrolet correspondant; ceci réduirait les coûts de fabrication. Par ailleurs, la vente des gammes Chevrolet et Pontiac, maintenant complémentaires, pourrait être regroupée sous une seule bannière, réduisant ainsi les coûts de commercialisation.

Évidemment, les modèles Pontiac et Chevrolet devront être adaptés aux impératifs économiques et environnementaux actuels, et bien sûr aux attentes de la clientèle.

Êtes-vous un amateur de Pontiac? Le cas échéant, j’aimerais vraiment lire vos commentaires sur ce sujet.

mardi 21 avril 2009

L’image de marque des grandes villes : Montréal dans le monde

Ce matin, un fidèle lecteur des chroniques de mon blog m’a reproché, avec raison, l’absence de chroniques ces derniers temps; plutôt que d’expliquer pourquoi il en est ainsi, je vais réparer ce manque en publiant quelques extraits du chapitre « L’image de marque des grandes villes : Montréal dans le monde » de l’ouvrage collectif Montréal, aujourd’hui et demain, réalisé sous la direction de Pierre Delorme; ce livre sera publié le 28 avril aux éditions Liber.

L’image de marque d’une organisation, fût-elle une entreprise multinationale, une petite entreprise, une université, une région, un pays, est d’une importance capitale. Pour une ville comme Montréal, cette image exerce une influence déterminante sur plusieurs plans, par exemple, dans le choix d’une destination touristique, d’un lieu de résidence ou de l’implantation d’un commerce, d’une filiale ou d’une usine.

Philip Kotler, une sommité dans le domaine du marketing, la caractérise ainsi : «L’ensemble des croyances, des idées et des opinions qu’on se fait d’un objet. Les attitudes et les actions à l’égard d’un objet sont fortement conditionnées par l’image de cet objet » (P. Kotler, Marketing Management, Upper Saddle River, Prentice Hall, 2000, p. 553). Cette définition met déjà en évidence deux éléments fondamentaux de l’image. En premier lieu, le fait que l’image d’un objet est fonction des perceptions plutôt que d’une réalité parfaitement objective. En deuxième lieu, le fait que la perception d’un objet exerce une influence considérable sur les sentiments et les comportements à son endroit.

L’image de Montréal n’est pas mauvaise; à preuve, elle se positionne au 13e rang du classement général de 2006 de l’Anholt City Brands Index. Elle n’est cependant pas très excitante, malgré ce qu’en dit la publicité ; considérons le Guide touristique officiel 2007-2008. Sur la page couverture on trouve le nom «Montréal», dans lequel le « o » a été remplacé par des lèvres pulpeuses d’un rouge vif. Au-dessus de ce graphisme, on lit « à la »; ce slogan, « à la Montréal », se veut un clin d’oeil à une expression bien connue dans le monde culinaire, par exemple « ratatouille à la provençale », « canard à la rouennaise ».
D’inspiration française, cet « à la » vient également appuyer le statut, revendiqué par certains, de « deuxième ville francophone après Paris », une prétention qui, comme nous l’avons vu, ne fait pas partie de l’image actuelle de Montréal à l’échelle internationale [selon l’Anholt City Brands Index].

Cette « signature », ce logo en quelque sorte, vise aussi à différencier Montréal. D’une part, on laisse supposer que les activités que l’on y propose sont « à la manière », sous-entendu « exclusive », de Montréal. D’autre part, on fait explicitement référence à la sensualité en utilisant un symbole très évocateur. À l’occasion d’une rencontre, de hauts dirigeants de Tourisme Montréal nous ont confié que cette « marque de commerce » avait pour but d’évoquer la passion qui anime Montréal.

Par exemple, à la page 4 du guide, le casino de Montréal annonce : « Bienvenue au Casino… passionnément ». Nous voulons bien croire que ces messages publicitaires puissent attirer quelques touristes de Toronto ou de Boston en quête d’un week-end distrayant, encore que Montréal ne soit pas au nombre des dix premières villes les plus accueillantes, les plus belles ou les plus excitantes. Même en supposant qu’elles soient efficaces, ces communications sont insuffisantes pour construire une image de marque permettant à Montréal de se distinguer; ces messages ne sont destinés qu’à vendre des produits, hôtels, bars, restaurants, spectacles et autres activités touristiques. La construction de l’image requiert bien plus. Les décisions politiques et administratives ont un impact important sur l’image d’une ville. Or des décisions prises ces dix dernières années vont à l’encontre du développement d’une image internationale pour Montréal.

Par exemple, ce qui aurait pu être un élément stratégique fondamental sur lequel construire une nouvelle image pour Montréal est sans conteste le projet « une île, une ville », une idée originale du maire Jean Drapeau dans les années 1960, reprise et défendue par le maire Pierre Bourque dans les années 1990, puis concrétisée par les fusions municipales de 2002. Malheureusement, en 2004, à la suite d’une promesse électorale opportuniste, des référendums ont mené à la transformation de Montréal en un espace balkanisé de petits fiefs. Sans compter les municipalités défusionnées, donc autonomes, dont certaines s’apparentent davantage à des villages, les arrondissements de Montréal sont désormais eux aussi gérés comme autant de villes autonomes par autant de petits seigneurs préservant jalousement leurs pouvoirs, les maires d’arrondissement.

dimanche 22 mars 2009

Une formule mathématique à l’origine de la crise

Je l’ai écrit dans ma chronique du 25 novembre 2008, « L’éclatement de la bulle de consommation », la crise mondiale actuelle est attribuable à un endettement excessif du consommateur, une conséquence de l’hyperconsommation. Cela dit, pour qu’il y ait des emprunteurs, il doit y avoir également des prêteurs; la cupidité de ces derniers a fortement contribué à exacerber la crise.

Sur le plan financier, c’est le marché obligataire qui est à l’origine de la crise financière. Il faut bien comprendre que le rendement des obligations, comme celui de tous les produits financiers d’ailleurs, est fonction du risque; plus le risque de défaut de l’emprunteur est élevé, plus l’intérêt qu’on exigera de lui est élevé. Ce risque, on l’évalue à l’aide d’une échelle de notation. Pour illustrer mon propos, voici celle de Standard & Poor : AAA, AA, A, BBB, BB, B, CCC, CC, C, D. Une obligation obtenant une note inférieure à BBB est considérée un produit financier spéculatif, donc fortement risqué; son rendement est toutefois beaucoup plus élevé que celui d’une obligation notée AAA.

Par exemple, les Bons du trésor du Canada sont notés AAA, mais leur rendement est actuellement inférieur à 1%. À l’inverse, DBRS a récemment attribué la note BB à certains certificats hypothécaires de Citigroup.

Or, si l’attribution de la note a historiquement été fonction de critères objectifs, telles la garantie du gouvernement du Canada ou encore les données réelles des défauts de paiement, David X. Li, un statisticien gradué de l’Université de Waterloo, a conçu un modèle mathématique pour évaluer le risque plus rapidement et plus facilement. Sa formule est fondée sur la corrélation entre différents véhicules financiers afin d’en évaluer le risque mathématique de défaut; elle a permis d’attribuer la note AAA à un nouveau produit financier, le « collaterized debt obligation » (CDO) ou « obligation adossée à des actifs », tel le maintenant tristement célèbre Papier commercial adossé à des actifs (PCAA), acheté par plusieurs banques et par la Caisse de dépôt du Québec, dont la valeur a fondu comme neige au soleil.

Sans entrer dans les détails trop techniques, voici comment fonctionne la formule de David X. Li. Elle calcule la corrélation qui existe entre différents actifs financiers, souvent des « credit default swaps » (CDS), un produit dérivé financier destiné à protéger un investisseur contre un défaut de paiement. Plutôt que d’utiliser les données réelles des défauts de paiement, la formule de Li utilise l’historique du prix des « swaps » (CDS), facilitant et accélérant l’analyse de risque.

Forts de cette connaissance, même si cette dernière était superficielle, les organismes financiers se sont empressés de regrouper au sein d’une même obligation adossée à des actifs, des « swaps » (CDS) entre lesquels la corrélation était négative. Par exemple, des hypothèques provenant de régions très différentes, tels le Québec et la Colombie-Britannique. Leur raisonnement était le suivant : les chances que le marché hypothécaire s’écroule simultanément dans ces deux régions sont très petites, donc l’obligation résultante est sécuritaire.

Comme nous le constatons maintenant, de tenir pour acquise la permanence de la corrélation négative était une fausse prémisse qui faisait croire à une conséquence tout aussi erronée, la grande sécurité de l’obligation résultante.

Ceci a eu pour résultat d’attribuer la note AAA, une note historiquement attribuée à des placements garantis par le gouvernement, à des obligations adossées à des actifs corporatifs, à des prêts bancaires ou à des titres hypothécaires, sans que la valeur réelle et la sécurité de ces actifs soient vraiment vérifiées et démontrées.

L’astuce a bien fonctionné pendant quelques années, faisant augmenter le marché des « swaps » (CDS) de 920 $ milliards en 2001 à 62 $ trillions en 2007. Quant à celui des obligations adossées à des actifs, il est passé de 275 $ milliards en 2000 à 4,7 $ trillions en 2006.

Deux facteurs ont perturbé le modèle : une augmentation phénoménale du prix des maisons et le fait que les données concernant l’historique du prix des « swaps » (CDS) étaient réparties sur une période beaucoup trop courte, seulement 10 ans. Même si en 2005 plusieurs personnes ont formulé des mises en garde sur l’utilisation de cette formule mathématique, dont David X. Li lui-même, la plupart des grands investisseurs n’ont pas écouté, séduits par les profits mirobolants qu’ils récoltaient à l’époque.

Les leçons à tirer de cet épisode sont très simples :

  • Dans le monde de la finance, il n’y a pas de profit élevé sans risque élevé; si le rendement vous paraît trop beau pour être vrai, c’est qu’il y a anguille sous roche.
  • Très peu de financiers comprenaient la formule de David X Li; quelques-uns se sont abstenus d’acheter les produits financiers qui en résultaient, mais la plupart en ont acheté sans comprendre. Si vous ne comprenez pas ce dans quoi vous investissez, abstenez-vous! Il n’y a pas de honte à avouer les limites de ses connaissances, surtout dans des spécialités aussi pointues.

Je conclus en répétant ce que je dis depuis longtemps déjà : le capitalisme doit être réformé. On doit en évacuer la spéculation et les autres pratiques fondées sur la cupidité, la recherche rapide et excessive du profit.

Les personnes qui souhaitent obtenir plus de détails techniques sur ce sujet peuvent consulter l’article « Recipe for Disaster: The Formula That Killed Wall Street », qui a inspiré cette chronique.

Je remercie mon ami Serge Lamarche, conseiller financier à la Financière Banque Nationale, de sa précieuse collaboration pour la rédaction de cet article.