mardi 10 juin 2008

Pétrole et spéculation

Je m’excuse pour mon silence prolongé; j’ai été absorbé par la rédaction de deux chapitres dans des livres collectifs, le lancement de Consommation et luxe en France et la préparation d’un troisième ouvrage, Consommation et technologie, dont la sortie est prévue à l’hiver 2009.

Ce matin, avant d’entreprendre mes autres obligations, la hausse du prix de l’essence à 1,51 $ le litre à Montréal hier m’oblige à écrire cette courte rubrique pour dénoncer avec la plus grande vigueur une pratique financière très répandue, la spéculation. Pour ce faire, je vais citer un passage de Consommation et luxe (p. 51) :

« Ce qu’il faut condamner, c’est l’avarice, la cupidité, la rapacité de quelques-uns, qui se manifestent par une spéculation outrancière. La crise financière que tous les pays ont vécue en août 2007 est attribuable à la spéculation sur des prêts à haut risque consentis par certaines sociétés aux États-Unis. C’est la spéculation qui, directement ou indirectement, est responsable de certaines, je n’ose pas dire toutes, des grandes crises qu’a connues l’humanité et de la mauvaise réputation qu’on a faite au capitalisme : “Plus tard, et plus destructrices pour la réputation du capitalisme aux États-Unis, on a eu la spéculation immobilière visiblement aberrante en Floride, la montée de l’influence corporative et industrielle et, la plus importante, l’explosion du marché boursier de la fin des années 1920. Sont alors survenus le krach de 1929 qui a retenti à travers le monde puis, pendant dix longues années, la grande dépression.” (K. Galbraith, The Economics of Innocent Fraud, Boston, Houghton Mifflin Company, 2004, p. 5 et 6.) » À cette liste de calamités, j’ajoute la crise alimentaire actuelle, vécue par les populations dont l’alimentation repose sur le riz, causée par la spéculation sur cette denrée essentielle.

Je poursuis avec cet autre passage d’un entretien avec Giovanni Calabrese, sur le thème Consommation et luxe, publié par les éditions Liber dans leur dernier bulletin (no 11, mai 2008) :

« La spéculation, la recherche de profits rapides et excessifs, est la plaie des pays dont le système économique et social repose sur le capitalisme. Mais cela n’est pas inéluctable dans un système de libre entreprise. La cupidité n’est pas exclusive au capitalisme — elle se manifeste dans tous les systèmes socioéconomiques —; il peut, en fait, il doit exister sans elle. »

Avec d’autres personnes, je réfléchi actuellement aux actions que les gouvernements les entreprises, les regroupements de consommateurs, le consommateur lui-même et d’autres acteurs pourraient entreprendre pour mettre fin à ce fléau; vraisemblablement en 2010, je publierai dans un livre les résultats de ces réflexions.

Si vous avez des suggestions, vous pouvez me les communiquer soit dans un commentaire sur ce blog, soit dans un message plus personnel en utilisant l’adresse email accessible dans mon profil. Soyez assuré que, si vos idées sont originales, c’est-à-dire qu’elles ne n’ont pas déjà été explorées par le groupe de réflexion, et qu’elles sont jugées dignes d’intérêt, vous serez cité comme en étant l’auteur, si vous le souhaitez évidemment.

jeudi 10 avril 2008

Les problèmes de la société de consommation

Les problèmes liés à la consommation ne résident pas dans la forme ou la nature du commerce, mais l’usage qui en est fait. Si je peux me permettre une analogie, les casinos sont également des lieux de plaisir, mais le jeu compulsif est un phénomène coûteux sur le plan personnel et social. Doit-on pour autant abolir les casinos? Ne n’est-il pas préférable de soigner les joueurs compulsifs?

Par ailleurs, comme je le démontre dans « Consommation et image de soi, Dis-moi ce que tu achètes… », il existe un lien très étroit entre l’image des produits et l’image de soi. Or, si on crée une image autour des nouveaux centres commerciaux, les problèmes ne sont pas non plus simplement liés aux symbolismes de la consommation. Dans « Consommation et luxe, La voie de l’excès et de l’illusion », je souligne que cette interrelation existe depuis des millénaires.

Évoquant les travaux de Sahlins, voici qu'écrit Lipovetsky, au sujet des chasseurs-cueilleurs du paléolithique : « Leurs habitations comme leurs habillements sont rustiques, leurs ustensiles peu nombreux. Mais s’ils ne fabriquent pas de biens de grande valeur, cela ne les empêche pas, à l’occasion des fêtes, de se parer et d’admirer la beauté de leurs ornements. » (G. Lipovetsky et É. Roux, Le luxe éternel. De l’âge du sacré au temps des marques, Paris, Gallimard, 2003, p. 22. Voir aussi M. Sahlins, Âge de pierre, âge d’abondance, Paris, Gallimard, 1976).

L’image de soi a dominé la consommation dans les vingt dernières années du XXe siècle. Au tournant du siècle, le plaisir pour soi est venu s’ajouter à ce désir de paraître; pensons au fameux « Je le vaux bien de L'Oréal ». Cet hédonisme a favorisé l’émergence de nouvelles formes de commerces.

Peut-on reprocher aux gens de vouloir se faire plaisir? Je ne crois pas.

Par contre, s’il est justifié d’aspirer au bonheur et de satisfaire en partie cette aspiration par la consommation, il est déplorable de ne pas rechercher également sa réalisation personnelle dans quelque chose de plus grand.

Peut-on reprocher aux gens de vouloir soigner leur image? Je ne crois pas non plus.

Par contre, s’il est normal de vouloir soigner son image, il est malsain d’utiliser la consommation comme forme de compensation à une image de soi négative ou à une estime de soi faible.

En somme, ce qui ne va pas avec la consommation, ce n’est ni le commerce ou ses différentes formes, tels les Mégas centres commerciaux, ni le fait même de consommer; ce sont les excès liés à la société d’hyperconsommation et les valeurs égoïstes sous-jacentes à cette dernière.

Tout est dans la recherche d’une juste mesure.

mardi 1 avril 2008

La consommation et le commerce sont essentiels

Par mes écrits et mes prises de position publiques, je critique plusieurs aspects de la consommation, en particulier les excès du côté du consommateur et la spéculation du côté des vendeurs. Par contre, je ne suis d’aucune façon contre la consommation et je ne prêche surtout pas pour le dénuement ou la simplicité volontaire pure et dure. Ces solutions sont tellement extrémistes qu’elles ne peuvent que rebuter la plupart des consommateurs… plutôt que de les inciter à consommer plus raisonnablement.

Je pense bien au contraire que, sous réserve de pratiques responsables de part et d’autre, la consommation et le commerce sont essentiels, et ce, sur deux plans. Ils sont tout d’abord indispensables sur le plan économique. En fait, la forte consommation intérieure est ce qui a jusqu’à présent sauvé le Canada de la récession qui sévit aux États-Unis depuis l’été 2007. Selon le Conference Board, le consommateur sauve la mise; c’est d’ailleurs le titre d’un article signé par le journaliste Stéphane Paquet le mercredi 12 mars dans La Presse.

La consommation est tout aussi nécessaire sur le plan humain. Tout le monde veut se faire plaisir, consommer, acquérir des objets et se payer des services qui agrémentent la vie, qui dépassent même parfois le strict nécessaire.

Dans mon plus récent ouvrage, « Consommation et luxe, La voie de l’excès et de l’illusion », je souligne d’ailleurs le caractère essentiel, universel et anthropologique de la consommation de luxe, appuyant notamment mes propos sur Shakespeare et Lipovetsky.

Le commerce et la consommation ont été un élément essentiel du développement humain; ils existent depuis des millénaires. Il serait utopique de vouloir mettre fin à ces activités au XXIe siècle.

Le shopping center est apparu dans les années 1950. À l’instar du réseau autoroutier, la migration des populations vers la banlieue a rendu essentielle la construction de ce nouveau mode de distribution : le centre commercial. Les Mégas centres commerciaux ne sont qu’une évolution du commerce; ce sont de plus en plus des lieux à la fois de nécessité et de plaisir. À preuve le Dix 30 ne veut-il pas ouvrir une Méga clinique privée de soins de santé, ce que plusieurs au Québec estiment être une nécessité. Par ailleurs, leur offre commerciale dépasse largement la fonction commerciale traditionnelle; on appelle cette nouvelle formule commerciale des centres « style de vie » (Life Style Shopping center).

Au Quartier Dix30, le plus gros centre «style de vie » au Canada, on recrée l’illusion de la rue principale des villages d’antan, artère qui avait pour principale vocation d’être fonctionnelle, car elle regroupait au même endroit les commerces dont les gens avaient besoin. La principale fonction de ces nouveaux centres commerciaux est d’être symboliques, de vous faire vivre une expérience sensorielle.

Hormis la « rue principale » et le théâtre, bien d’autres centres commerciaux incorporent tous les autres éléments du Dix30 : stationnements extérieurs et intérieurs gratuits, variété de restaurants, cinémas, etc. À quoi donc le concept de « centre commercial style de vie» tient-il ? Comme pour un parfum ou un restaurant de luxe, c’est le packaging, le conditionnement en quelque sorte, et l’axe de communication qui font le produit.

Positionner et vendre le Dix30 comme un centre de divertissement, d’amusement, s’inscrit dans la logique d’achat-plaisir de Lipovetsky : « De nos jours, même la consommation des biens matériels tend à basculer dans une logique expérientielle, le shopping en général baignant dans une atmosphère hédonistique et récréative» (G. Lipovetsky, Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation, Paris, Gallimard, 2006, p. 60).

Certains diront que les artisans de ce projet ne font qu’encourager la consommation, et ils auront raison. Cela dit, nous ne sommes pas des victimes, mais des complices de la société de consommation ; il n’en tient qu’à nous de consommer mieux et moins. Par ailleurs, ces promoteurs contribuent à faire un peu rêver les gens, dans un monde qui en a bien besoin; le Dix30, ce n’est pas un centre commercial, c’est un centre récréotouristique dans lequel riches et moins riches peuvent trouver leur compte.

Le comportement d’achat dans les Mégas centres commerciaux de type ouvert n’est pas du tout le même que dans un centre commercial traditionnel de type fermé. Le second favorise le shopping, le fait de déambuler, souvent sans avoir d’achat précis en tête, voire la marche de santé, car certains clubs de marche y pratiquent cette activité à la mauvaise saison. Les personnes qui fréquentent ces lieux affirment en tirer du plaisir; ils vont même s’arrêter prendre un café à l’une ou l’autre des terrasses intérieures que l’on retrouve dans ces lieux. Certains citadins n’arrivent pas à comprendre ce plaisir; quant à moi, je ne vois pas de différence entre le fait de prendre un café et d’échanger avec les gens dans ces endroits, ou dans un des nombreux cafés qu’on retrouve à Montréal.

On retrouve ce même comportement sur la « rue principale » d’un Life Style Shopping center tel le Dix30. Par contre, le comportement change radicalement dans les commerces éloignés de ce point central. Les gens qui vont dans ces commerces ont souvent un achat précis en tête; ils ont fait leur choix d’article et de point de vente sur internet ou dans un feuillet publicitaire et se rendent directement au commerce sélectionné, y font leur achat et quittent ensuite souvent le centre commercial.

Dans les grandes villes comme Montréal, le commerce c’est plutôt développé de façon linéaire, la rue Ste-Catherine par exemple; à l’instar du centre commercial, ces rues marchandes se sont parfois même couvertes pour permettre au consommateur de faire son shopping à l’abri des intempéries, par exemple la rue St-Hubert. Plus récemment, on a même vu se créer à Montréal des espaces commerciaux souterrains, le Montréal intérieur.

Considérez cette carte du Montréal intérieur.

Selon l’Observatoire de la Ville intérieure, « La ville intérieure est un ensemble d'immeubles connectés par des liens piétonniers protégés, appartenant à plusieurs propriétaires, offrant une diversité de fonctions, notamment du transport collectif, du commerce de détail, des espaces à bureaux et des activités de divertissement, et disposant d'ententes avec les autorités locales pour l'occupation du domaine public. » Au 31 décembre 2004, le Montréal intérieur comptait déjà 1 366 commerces de tous genres et 477 restaurants de toutes catégories.

Quelle différence existe-t-il vraiment entre le Montréal intérieur, la Plaza St-Hubert, la rue Ste-Catherine que l’on veut rendre piétonnière à l’été 2008 et le Quartier Dix 30? La réponse est simple : AUCUNE!

Pourquoi dès lors jeter l’anathème sur les centres commerciaux?

mardi 18 mars 2008

Résultats du minisondage sur les Mégas centres commerciaux

Depuis le débat télévisé à l’émission « Il va y avoir du sport », sur le thème « Pour ou contre les Mégas centres commerciaux? », certains m’ont manifesté leur surprise de me voir présenter les aspects positifs des Mégas centres commerciaux.

C’est plutôt curieux, car je n’ai jamais été moralisateur vis-à-vis la consommation; comme je l’écris dans la présentation de mon blog, « Je me pose en critique modéré de la consommation; tout en reconnaissant les bienfaits, voire la nécessité, d’une consommation réfléchie et responsable, je veux en dénoncer les effets pernicieux et les pratiques douteuses. »

Je suis donc particulièrement heureux d’avoir participé à cette émission, car ce fut l’occasion pour moi de préciser ma position par rapport à la consommation.

Par ailleurs, n’oublions pas que ce type de débat télévisé est organisé de façon à polariser les débats… pour mieux divertir l’auditoire; le réalisateur ne veut surtout pas que les acteurs du débat présentent le pour et le contre d’une question, ce qui aurait été la position que j’aurais aimé privilégier.

Enfin, le débat ayant été centré sur des questions portant sur l’environnement, l’écologie et le développement urbain, le centre commercial lui-même a été peu analysé.

Dans ma prochaine chronique, je préciserai donc ma position sur la consommation et les Mégas centres commerciaux. Pour l’instant, voici les résultats du sondage de la semaine dernière.

Ces résultats tiennent compte des réponses obtenues sur les blogs français et anglais, soit 82 personnes au total; ce nombre de répondants est faible statistiquement parlant. La marge d’erreur d’un tel sondage est par conséquent plus élevée que la norme habituelle; elle est d’environ 11 %, avec un niveau de confiance de 95 %, ou 19 fois sur 20 selon la formule consacrée. Comme pour tous les sondages de type « question du jour », que l’on retrouve maintenant dans plusieurs médias, l’échantillon n’a pas été sélectionné selon une méthodologie probabiliste.

En cliquant ici, vous pourrez voir un graphique montrant, en pourcentage, les réponses obtenues de même que l’écart minimum et maximum en fonction de la marge d’erreur.
Compte tenu de cette marge d’erreur de 11%, on peut donc dire que, sur la question « Êtes-vous pour ou contre les Mégas centres commerciaux? », les gens sont partagés presque à égalité. Rien d’étonnant!

Parmi les personnes « Contre », on doit évidemment compter entre autres les druides de l’environnement et les apôtres de la simplicité volontaire pure, pour qui les centres commerciaux, Mégas ou non, ne sont que des lieux de perdition. On compte cependant également un certain nombre de personnes à qui le concept de « Méga centre » ne plaît pas, comme je le disais d’ailleurs dans l’excellent article de la journaliste Nathalie Villeneuve, « Les limites de la démesure ».

Le climat est évidemment un obstacle et le comportement d’achat n’est pas le même que celui qu’on observe dans un centre commercial traditionnel de type fermé.

Dans ma prochaine chronique, je développerai cette question en plus de préciser ma position sur la consommation et les Mégas centres commerciaux.

vendredi 7 mars 2008

Pour ou contre les Mégas centres commerciaux?

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En prévision de ma participation à l’émission IL VA Y AVOIR DU SPORT, je vous propose une question sur le thème retenu :

POUR OU CONTRE LES MÉGAS CENTRES COMMERCIAUX?

L’émission sera diffusée à Télé-Québec le vendredi 14 mars à 19h30, le samedi 15 mars à 14h30 et le dimanche 16 mars à 18h30.

Le « Quartier Dix 30 » est un exemple de Méga centre commercial.

mardi 4 mars 2008

Une voiture pour moins de 10 000 $

Devant la montée du luxe, flairant la bonne affaire, ce sont les Chinois qui s’apprêtent à servir aux Japonais la leçon qu’ils ont eux-mêmes donnée aux Américains dans les années 1980. Dans un article publié le lundi 13 août 2007, Éric Lefrançois nous apprend que les constructeurs chinois ont produit plus de 6 millions de véhicules en 2006 avec lesquels ils comptent bien pénétrer de nouveaux marchés; certains modèles se vendent aux alentours de 10 000 $ CAN. Comble de malheur, pour les fabricants américains, japonais et coréens, il semble qu’un nombre important de Canadiens leur réservent un accueil enthousiaste : «Histoire de mettre la table, un sondage récent nous apprend que le quart des Canadiens serait intéressé à acheter une voiture chinoise pour 10 000 $ CAN. Voilà qui doit rassurer Chrysler qui s’apprête à commercialiser sur nos terres la première sous-compacte Made in China » (É. Lefrançois, « La question à 10 000 $ », La Presse, le 13 août 2007, cahier L’auto, p. 3).

Plusieurs constructeurs nord-américains, japonais et coréens produisent déjà des voitures de cette catégorie (Note de l’auteur : ma liste de modèles et de constructeurs ne prétend pas être exhaustive. Je m’excuse à l’avance auprès du ou des fabricants concernés, si j’ai omis de mentionner une marque ou un modèle. Mon énumération et une hypothétique omission ne doivent pas être interprétées comme un jugement, positif ou négatif, quant à une marque ou un modèle). Dans une gamme de prix assez étroite, variant de 12 995 $ CAN à 14 980 $ CAN, on retrouve entre autres en 2008, par ordre alphabétique de constructeur : la Chevrolet Aveo, la Honda Fit, la Hyundai Accent, la Kia Rio, la Nissan Versa, la Pontiac Wave, la Suzuki Swift+ et la Toyota Yaris (Note de l’auteur : la fourchette de prix pour le Québec a été obtenue en consultant le site Web canadien des constructeurs respectifs, le 4 mars 2008). Chrysler, Ford et Mazda ne commercialisent pas de sous-compacte au Canada en 2008.

Je suis surpris de constater que cette gamme de prix n’a pas du tout changé depuis le 13 août 2007, date à laquelle j’avais également répertorié le prix des différents véhicules; pourtant, depuis l’automne 2007, l’actualité fait abondamment mention de la nécessité d’ajuster le prix canadien des véhicules, compte tenu de la hausse de la devise canadienne. Dans le cas de la Hyundai Accent, pour la période du 1er au 31 mars 2008, le constructeur annonce un rabais promotionnel de 3 600 $ CAN qui abaisse le prix du véhicule à 9 995 $ CAN (la promotion ainsi que toutes les conditions et restrictions se retrouvent sur le site Web de Hyundai Canada).

Compte tenu de la gamme de prix mentionnée, pour un véhicule de base sans aucune option, on peut comprendre l’inquiétude de certains fabricants en apprenant non seulement que « la future A1 du constructeur chinois Chery », qui sera distribuée par Chrysler plus tard en 2008, se détaillera 10 000 $ CAN., mais qu’en plus « 43 % des répondants [du sondage] disent qu’ils sont susceptibles ou certains de se procurer un véhicule venu de l’empire du Milieu » (É. Lefrançois, « La question à 10 000 $ », La Presse, le 13 août 2007, cahier L’auto, p. 3). Le succès de la Renault Logan, une voiture vendue à 7 000 €, est une autre indication du désir du consommateur de pouvoir acheter un véhicule bon marché : « Il s’écoule en moyenne 2000 Logan par mois en France. Bien au-delà des prévisions les plus optimistes » (É. Lefrançois, « La bonne idée de Loulou », La Presse, le 2 avril 2007, cahier L’auto, p. 3).

Je m’étonne de constater que beaucoup d’entreprises n’apprennent pas des leçons du passé et tombent l’une après l’autre dans le même piège, celui de la montée en gamme, de l’inflation, de la taille et des caractéristiques, et des hausses de prix.

De toute évidence, il existe des limites à la création de besoins, surtout chez la classe moyenne; les producteurs et les vendeurs ne peuvent pas toujours susciter de nouvelles attentes de luxe, même pour un produit comme l’automobile, étroitement lié à l’image de soi (voir « Consommation et image de soi, Dis-moi ce que tu achètes… »). Dans plusieurs segments de marché, la raison l’emporte désormais sur la passion; même dans le marché québécois du secteur de l’automobile, historiquement friand de « gros chars », l’endettement, le prix du carburant et les considérations écologiques finiront par avoir raison du luxe et du gigantisme.